Chapitre 19 - Partie 2 - La capture

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Xâvier apparut au cœur de Stuttgart, devant le centre de Commandement des Armées. Comme tous les fédéraux, il commençait en bas de l'échelle, aussi franchir la grande porte du superbe bâtiment relevait, ce jour-là, d'une promesse particulière : celle lancée à tous les simples soldats de pouvoir évoluer dans la hiérarchie sorcière. Ce chemin, Xâvier l'avait déjà parcouru, mais sous couverture : Alix l'avait obligé à suivre les entraînements de base sous l'aspect d'un autre policier. Son alter ego, Anderson, sous l'apparence duquel il avait participé aux opérations de Maison Haute, faisait partie de la réserve et avait, depuis sa grave blessure lors de cette mission, quitté l'armée.

Xâvier comptait bien s'investir personnellement, cette fois.

Il se présenta au bureau d'accueil, puis se dirigea vers une cour principale. Magnifique restauration sorcière, l'intérieur du bâtiment imposait à ses visiteurs la puissance de la Fédération. Le sol, pavé d'un dallage gris, s'encastrait dans une suite de colonnes et de petites coursives couvertes. En levant la tête, les couloirs externes se répétaient sur deux étages supplémentaires avant de laisser la place aux toits noirs, pentus, ouverts de multiples fenêtres. Sur le côté le plus large de la cour, un élégant castelet aux vitres hautes abritait les bureaux et appartements privés des cadres de l'armée.

Xâvier s'étonna à noter tant de détail. Il voyait ces bâtiments d'un unique œil neuf. Un gars en uniforme s'approcha de lui.

« Monsieur Xâvier Mycroft ? demanda le P.M.F. en lui tendant la main.

— C'est bien moi, mais appelez-moi Xâvier. »

Xâvier détestait son patronyme et tout ce qu'il représentait. Mycroft, le nom d'une des plus grandes des Grandes Familles, parmi les trois Clans qui, des siècles plus tôt, avaient fondé la Fédération des Enchanteurs. Mycroft, Muller, Moreau. Très jeune, le petit sorcier refusait déjà cet héritage. Il refusait l'empire de cendres que lui avaient légué ses parents. Il ne voulait rien devoir à son nom. Jamais.

Par souci d'égalité, l'emploi du prénom ou du nom seul était pratique courante dans la société sorcière, et en particulier chez les P.M.F.. Le Commandant suprême des armées ne se faisait-il pas appeler Serge ?

« Je suis Douglas Ross, mais appelez-moi Ross, répondit le soldat. Je vous accueille aujourd'hui pour vous assigner à votre première mission. Rejoignez vos collègues, nous attendons encore trois participants. »

Xâvier hocha la tête, évitant de justesse un froncement de sourcils. En théorie, le Commandant des Armées se chargeait d'accueillir les recrues ; une façon bien à lui d'assurer sa bienveillance à ses troupes.

Sans se permettre de commentaire, le borgne retrouva Laetitia et Renan, deux compagnons de promotion avec qui il avait fait ses classes. Avec le gars, ils s'étaient accordés sur un peu plus que des exercices musculaires et magiques. Un bon plan cul, Renan.

Les trois camarades se saluèrent d'un assemblage de frappes du poing et du plat de la main, puis discutèrent de l'ajustement parfait de leur tout nouvel uniforme.

Les retardataires finirent par se montrer. Quelqu'un se rappela qu'ils n'étaient pas en camps de vacances et intima à ses collègues de se mettre en rang. Une minute plus tard, le groupe présentait un alignement satisfaisant à leur supérieur. Ross se positionna devant eux, claquant des talons. En réponse, il obtient une harmonie de salut qu'il accueillit d'un sourire bienveillant.

« Bienvenue au Centre de Commandement des Armées, commença-t-il. Vous êtes, dès aujourd'hui, des Policiers Magiques Fédéraux. Votre engagement nous honore et vos concitoyens vous remercient. Je tiens à vous remercier personnellement pour l'engagement dont vous faites preuve. »

Ross croisa les mains dans son dos et poursuivit :

« Vous auriez dû être accueilli par le Commandant des Armées. Cependant, nous sommes depuis deux jours en pleine action contre l'Ordre et sa présence sur le front est requise. »

Xâvier tiqua. Sans doute sa promotion ne l'avait elle pas remarqué, mais lui avait parfaitement noté le malaise de l'officier et son regard fuyant. Il mentait. Il l'observa attentivement tenter de reprendre pied.

« Nous ne pouvons vous demander de vous battre au front, enchaîna Ross, mais nous vous assignons aux arrières du camp. Je compte sur vous pour aider, au mieux, les soldats en première ligne et je vous ordonne de ne pas les suivre. Nous avons besoin de vous. »

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