Chapitre 19 - Partie 1 - La capture

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Xâvier profitait avec plaisir du ruissellement de l'eau sur sa peau. Toutes ses amant⋅es ne disposaient pas d'une douche si efficace. Les sorciers pouvaient de se laver d'un sortilège et l'installation d'artefact de distribution sanitaire était souvent sommaire et fonctionnelle. Cette salle de bain, en plus d'être aménagée avec goût, se payait le luxe d'une intégration parfaite des enchantements d'hygiène. Les mages bâtisseurs qui y avaient travaillé s'étaient appliqués et avaient dû coûter cher.

Xâvier était bien placé pour repérer ces petits riens qui trahissaient Esther : lui aussi venait d'une Grande Famille, bien qu'elle l'ignora toujours. Ils ne parlaient jamais de leurs origines.

Le jeune homme révoqua le charme d'eau et la pièce enclencha automatiquement celui de séchage. Il sortit de la salle de bain, propre et parfaitement détendu.

Encore nue sur le matelas, Esther s'étira. Depuis plusieurs semaines, il la sentait tendue, mais il ne disait rien et gardait pour lui ses réflexions. Entre eux, seules deux règles comptaient : pas de prise de tête, pas de question. De fait, il ne cherchait pas à savoir ce qui la préoccupait, mais l'aidait à sa façon : ils se voyaient plus souvent et il lui changeait les idées, le plus souvent au lit, bien que la douche accueillit aussi parfois leurs ébats.

« Je pensais que tu viendrais me rejoindre.

— La nuit a été courte, j'ai préféré profiter de mes draps plutôt que de toi, susurra-t-elle en se laissant rouler sur le ventre. Et puis, tu m'as dit que t'avais un rendez-vous. Je n'avais pas envie de me presser pour toi.

— Tu as raison, c'est mieux de prendre son temps. »

D'un geste de la main, Xâvier fit apparaître son sac et le posa sur le lit. Il jeta un charme pour y récupérer son uniforme et il le déplia d'un geste sec, un petit sourire aux lèvres.

Comme Mattéo, à la chute de Leuthar, il s'était interrogé sur l'utilité de son emploi d'analyste en sérum agricole et en avait rapidement conclu qu'il devait se recycler avant de mourir d'ennui. L'Ordre à genoux, malgré ses attentats à répétitions, il n'avait plus besoin d'une couverture si propre... Mattéo, poussé par Naola, avait écarté l'idée d'entrer dans l'armée comme P.M.F. et s'était rabattu sur la recherche. Xâvier, quant à lui, s'était décidé quelques semaines plus tôt : il s'était engagé et suivait une série d'examens qu'il franchissait haut la main. Il avait reçu son uniforme trois jours auparavant et le portait aujourd'hui pour la première fois, pour sa première mission.

Le jeune homme passa son pantalon, puis releva les yeux vers Esther et fronça les sourcils. Elle le fixait, mal à l'aise :

« L'uniforme te plait ? blagua-t-il. Si c'est ton trip, je serai heureux de l'utiliser pour le loisir...

— Je n'avais pas l'impression que tu aies besoin d'une paie de P.M.F., c'est tout », se défendit-elle et s'extrayant du lit.

Elle s'étira et, d'un geste, sélectionna une tenue dans l'immensité de son dressing.

« C'est nouveau, conclut-elle après un temps de réflexion. Tu ne te pavanerais pas devant moi comme ça si c'était ton travail habituel.

— C'est nouveau, oui. »

Xâvier observa un court silence, puis, comme à toujours, décida de prendre la discussion à la légère.

« Quitte à risquer ma vie au travail, je préfère éviter que ça soit un sérum qui me fasse sauter le ventre. De toute façon, je saurai où frapper si je suis blessé...

— Donc tu fais ça par amour de la patrie, conclut-elle sans parvenir à dissimuler complètement son ironie. Je suis rarement affectée aux soins des fédés, il faut prêter serment, c'est plein de paperasse... Si tu prévois un autre accident de chaudron, fais-le dans le civil, tu auras plus de chance de retomber sur moi ! »

Xâvier termina de boutonner sa chemise, sans réagir à la remarque de la jeune femme. Il enfila sa veste, doucement, puis s'approcha d'elle.

« Non, pas par amour de la patrie. Je m'emmerdais dans mon job, il me fallait quelque chose pour bouger un peu. Je me suis dit que c'était un bon défi de monter en grade chez les P.M.F.. Ça t'emmerde, je le vois bien. Je peux comprendre. Je ne te ferai pas chier avec ça. On continue pareil : c'est mes affaires, tu n'as pas à t'en occuper. La prochaine fois, je ne me changerai pas chez toi.

— Ça m'a surtout surprise », sourit Esther alors que son corsage se laçait de lui-même et que ses cheveux se tressaient en belles boucles dans son dos.

Elle se rapprocha de lui. Alors qu'il refermait son uniforme, elle posa ses mains sur les siennes pour les décrocher du vêtement, saisit les pans de la veste et se hissa jusqu'à sa bouche. Elle l'embrassa, toute en retenue.

« Je me fous de ce que tu fais de tes journées, mais il faudra qu'on passe une nuit à étrenner ton uniforme. Il est bien trop décent. »

Xâvier sourit contre ses lèvres et intensifia leur baiser, puis l'écarta de lui.

« Parfait. On se voit dans trois jours ?

— On se voit dans trois jours. »

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