Chapitre 14

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Maël


Il ne restait qu'une centaine de mètres nous séparant du pied de l'immeuble. Je devins de plus en plus nerveux. Ma main refusait de lâcher celle de Nath' et s'était même resserrée sur ses doigts. Je pouvais sentir son regard interrogateur sur ce geste possessif. S'il avait été plus en forme, il m'aurait noyé sous une foule de questions, mais le fait qu'il endure simplement me laissait à penser qu'il n'était vraiment pas dans son état normal. Qui l'aurait été ? Personne, je le savais très bien, mais j'avais surtout peur de ne pas retrouver le Nath' que j'avais connu. J'étais mort de trouille à l'idée que l'épisode de ce soir l'ait potentiellement détruit de manière irréversible.

Arrivés devant la porte de verre de la véranda du bâtiment, je me résolus à mettre cette hypothèse de côté. Ce n'était pas le moment de se montrer négatif, il restait des choses que je pouvais faire pour l'aider. Justement, j'étais bien décidé à devenir ce soutien dont il avait besoin sitôt serions nous rentrés.

Pour cette raison, je le poussai à l'intérieur de l'ascenseur dès qu'il arriva pour nous remonter. Ce n'est que là que je lui rendis enfin sa liberté. L'espace était étroit, j'étais nerveux et je ne voulais pas qu'il se sente... oppressé ? Oui, c'était le mot. Il venait de vivre un événement terrible, je tenais à lui laisser un espace suffisant pour lui permettre de se retrouver sans l'étouffer. À la place, j'optai pour jouer avec mon trousseau et y chercher la clef de l'appartement.

Il ne s'écoula pas trente secondes avant que la sonnerie indique que nous étions arrivés et que les portes mécaniques s'ouvrent pour nous débarquer au bon étage. Je n'attendis pas pour m'extraire de là et me précipiter pour aller ouvrir. Mon geste fut cependant retenu lorsque je remarquai que Nath' ne manifestait pas la moindre envie de bouger. Hésitait-il ? Quelle question ! Sûrement. C'était Nath', après tout. Sa mémoire devait l'amener à se remémorer son départ de chez moi et les circonstances de notre séparation.

J'en levai les yeux aux ciel et revins me poster devant lui.

— Tu comptes camper là ?

Je regrettai aussitôt le ton de ma question. Je m'étais montré un peu brusque mais je voulais le faire bouger. Pour cela, j'avais l'intime conviction qu'il ne fallait pas tout lui céder non plus.

Je dus avoir raison car il m'emboîta le pas sans plus discuter. Nous pûmes enfin rentrer et nous retrouver dans un lieu plus tranquille, ce qui était un véritable soulagement après la soirée que nous avions passé.


Jonathan


À l'intérieur, de ce que je pouvais discerner avec mes yeux de taupe, rien n'avait changé. Tout était tel que... la première fois que j'avais mis les pieds ici. En mon absence, les ordures avaient retrouvé leur suprématie. Je n'osais pas m'aventurer plus en avant, de peur de perturber cette harmonie douteuse. À la place, j'observai Maël allumer les lumières avant de se rendre à la salle de bain. J'entendis qu'il faisait couler de l'eau.

Quand il revint, quelques instants plus tard, il m'indiqua :

— Je te fais couler un bain. Tu veux boire quelque chose ?

Ma stupeur m'empêcha d'articuler le moindre mot. Mon silence ne parut pourtant pas déranger mon hôte qui n'attendit pas pour se rendre derrière le comptoir, ouvrir le réfrigérateur, et en tirer un panaché qu'il m'apporta.

Cependant, l'incompréhension eut raison de mes nerfs. Observant cette main tendue dans ma direction, m'offrant ce rafraîchissement qui m'aurait assurément fait du bien, je ne pus tout à coup plus contenir le flot d'émotions qui montait depuis notre départ de chez moi. Je sentis mes yeux me piquer, brûler, puis se charger de sel. Les larmes ne tardèrent plus à se mêler au sang qui maculait une partie de ma face. Je dus me faire fureur pour trouver la force de le questionner, la voix à demi-étouffée par les sanglots que je tentais vainement d'étrangler au fond de ma gorge.

À fleur de peau (M/M - Boy's Love)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !