Chapitre 10 : « Cosette : la Môme »

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Le Rat n'a pas de patrie, n'a pas d'honneur ni de vertu. Il ne reconnaît qu'un maître : l'argent. L'argent n'est censé n'avoir pas d'odeur, mais il attire le rat comme le plus savoureux des fromages. Le Rat est un mercenaire de l'ombre. Son talent pour le déguisement a séduit le Duc Wellington. Grâce au Rat, les forces de la coalition monarchiste ont vaincu Napoléon. Wellington a gagné la bataille.

Le Rat, lui, ne s'en est pas trouvé plus riche. Certes, il a eu la faiblesse de donner une dernière chance au général en chef corse. Mais celui-ci a finalement été arrêté. Plus de peur que de mal. Pour autant, Le Rat a dû prendre la poudre d'escampette avant que les Britanniques ne l'enferment dans une cellule, sans fromage ni eau.

Le Rat a dû refaire sa vie. Il a investi tout l'argent qu'il a pu emprunter sur le champ de bataille dans un commerce honnête : Le « Boit sans soif ». Une auberge qu'il gère avec sa femme : La Souris. Les affaires marchent comme ci comme ça. Heureusement qu'il ne doit pas verser de dividende à ses créanciers : ils étaient déjà morts quand il leur a soutiré de l'argent.

Le Rat a finalement changé de nom. Il se prénomme Thénardier et sa femme : la Thénardière. Ensemble, ils forment un couple uni dans l'amour de l'argent et du vice. Ils savent toujours flairer un bon coup. Aussi, quand la triste Fantine, accompagnée de sa petite Cosette, est venue leur demander de l'aide : ils ont dit oui. Ils ne regrettent pas leur décision. Cosette est minuscule, frêle, tremblante. Néanmoins, elle est docile et se faufile partout pour nettoyer l'affreux bouge des Thénardier. Cosette est petite, elle n'a que 10 ans, mais elle est aussi solide qu'une fourmi ouvrière. Elle travaille dur pour la maison et tout le monde s'en réjouit : Monsieur et Madame Thénardier et leurs deux filles.

Éponine, qui a maintenant 13 ans et Anzelma, 8 ans. Née après l'arrivée de Cosette, Anzelma considère la fille de Fantine comme sa poupée humaine. De manière générale, les deux filles se comportent mal avec la triste enfant. Guère mieux que les deux sinistres belles-sœurs de Cendrillon. Elles la traitent comme un objet sans âme : un balai, une serpillère. Un peu sadiques, un peu jalouses, elles aiment également la griffer, la pincer, l'appeler « souillon ».

Non seulement les Thénardier ne dépensent pas un centime pour élever Cosette : ils ont en même fait leur esclave domestique, mais ils réclament de l'argent à la mère. Ce n'est pas le plus ignoble : Les Thénardier ont découvert une autre manière d'exploiter la pauvre enfant. Celle-ci a un don, comme sa mère. Un don qui se révèle très rentable pour le couple d'escroc. Quand Cosette pleure, elle ne verse pas des larmes salées mais des perles précieuses. Autant dire qu'avec cette enfant tombée du ciel, les Thénardier mènent la belle vie. Ils n'ont jamais été aussi riches de leur vie. « Pourvu que ça dure. » ne cesse de répéter la Thénardière quand elle découvre que son imprudent a encore perdu une grosse somme au jeu.

Malgré tout, cela n'empêche pas les Thénardier de continuer leur louche commerce. C'est dans la nature de ces deux rongeurs de vouloir grignoter plus, toujours plus... La taverne n'est en réalité qu'une affaire accessoire. Entretenir une auberge, être au service de clients parfois exigeants, sourire même quand on en n'a pas envie, cela ne correspond ni à Monsieur ni à Madame. Le « Boit sans soif » n'est qu'une façade, un lieu de rendez-vous. La véritable activité des Thénardier se moque de la loi, ou plus exactement la bafoue. Thénardier est la tête pensante d'une petite bande de malfrats : Les Potron-Minet. Les Potron-Minet s'amusent à détrousser les voyageurs, cambrioler les masures, estourbir les victimes récalcitrantes si besoin.

Ce soir d'ailleurs, monsieur reçoit la visite de ses hommes. Le « Boit sans soif » est fermé, il n'a aucun client. Pas question d'accueillir une oreille indiscrète lorsqu'on parle affaire et gros sous...

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