Chapitre 21 - Élias (Partie 1)

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Ses larmes coulaient en torrent sur ses joues rebondies. Comment avait-il pu être dupe à ce point ? Où était le bébé mystérieux ? Il fouillait frénétiquement la neige sous la balançoire usée, ses doigts frigorifiés s'égratignaient sur les flocons givrés. Les nuées de la volatile poudreuse, agitée par ses mouvements brusques et incessants, s'envolaient dans les bourrasques hivernales créant un second voile blanc sur l'horizon.

Une voix rauque tonna dans son dos, Élias ne lui prêta aucune attention, concentré sur sa tâche inutile. Il devait retrouver cet enfant. Il ne pouvait le laisser à la merci de la froidure de l'hiver. Il en mourrait... Pourtant, plus il creusait la neige, plus son espoir de retrouver le bébé s'amenuisait.

La grosse main lourde de son père se posa brutalement sur son épaule et, cette fois, au lieu de hurler, sa voix se fit dure et sèche. Un vent glacial venait de pénétrer le corps de l'enfant et de lui congeler chaque veine. Une goutte de sueur froide roula le long de sa colonne vertébrale et des frissons parsemèrent sa peau, tandis que la peur lui étreignait la poitrine. Son paternel ne l'avait jamais effrayé à ce point. Le loup-garou était de retour. Encore plus terrifiant.

Élias dégagea son épaule violemment. Il ne se laisserait pas faire de cette manière. Il avait déjà été bien grondé aujourd'hui, il était donc hors de question qu'il se prît un sermon de plus. Il se leva brusquement et fila au pas de course dans sa chambre dont il claqua la porte. Il s'y barricada solidement ; ses parents ne pourraient pas pénétrer son antre réconfortante.

Boum ! Boum ! Boum !

Le bruit mat d'un point qui s'abattait fermement sur le bois de la porte.

Élias refusa d'ouvrir. Faire face à sa réalité douloureuse et accepter qu'il avait été embrassé par une folie, qui ne le lâchait plus depuis, lui semblait insurmontable.

On tambourina une nouvelle fois à la porte. Le jeune garçon la voyait remuer dans le chambranle à chaque coup. La chaise qu'il avait placée devant elle, pour bloquer la poignée, répondait aux multiples coups assénés sur le bois ferme. Était-ce là quelques craquements qu'il distinguait au milieu de la porte ? La peur entrava son œsophage. Il fixait l'entrée de sa chambre avec terreur, les pieds scellés au sol.

C'est mon imagination. C'est mon imagination. C'est mon imagination...

Une nouvelle salve d'impacts.

Au rythme des coups, sa respiration devenait de plus en plus courte et difficile. Le bruit répétitif était insupportable. Élias se saisit la tête et commença à tourner dans sa chambre comme un lion en cage. Il murmurait et répétait encore et encore :

- Il n'est pas là, c'est mon imagination. C'est pas le monde réel.

Et plus il prononçait ces mots, plus ils étaient assourdissants, au moins autant que les coups de grosse caisse contre sa porte, si ce n'était plus.

Paumes de ses petites mains sur ses oreilles, il se glissa sous son bureau et s'assit, les genoux repliés contre son corps, le dos contre le mur. Dans cet espace restreint, il commença à se balancer d'avant en arrière comme l'aurait fait n'importe quel psychotique contrarié. Il se sentait rassuré par les parois et les pieds du bureau de son grand-père. Ils constituaient inconsciemment les limites du monde qu'il pouvait appréhender à l'instant même, celles de son monde intérieur. Ainsi encagé, le dos voûté vers l'avant, puisqu'il ne pouvait pas vraiment se tenir droit sans risquer de se cogner la tête au moindre mouvement improvisé, Élias sentit sa respiration se calmer et le silence revenir en lui. Puis, peu à peu, il retrouva le contrôle de son corps et de son esprit. Il put enfin réfléchir aisément à la suite du cours de sa vie, ce qui, pour un enfant de cet âge, se résumait essentiellement aux vacances de Noël. Il finit par oublier ses parents et s'endormit profondément au cœur de sa cage de bois.

Lorsqu'il fut réveillé par le froid, le silence était revenu. Il ne percevait que le sifflement aigu du vent s'immiscer dans la maison par quelques malheureux interstices.

Pris de frissons, Élias s'extirpa du dessous de son bureau massif pour se couvrir de sa robe de chambre. Il rêvait d'un chocolat chaud, il commençait d'ailleurs à avoir faim, d'un bon livre envoûtant et de la chaleur d'un feu de cheminée, comme en fin d'après-midi chez Marie. En effleurant ce nom par la pensée, le jeune garçon eut un pincement au cœur. Il aurait tant aimé qu'elle fût sa mère. Il inspira profondément et secoua la tête ; il devait se forcer à éviter de penser à elle pour pouvoir gérer sa vie actuelle. Elle ne deviendrait jamais sa mère, ce rêve n'était pas réalisable. Comme tout enfant, il devait se contenter de la mère qu'il avait et l'aimer malgré ses défauts. Après tout, il savait qu'elle ne voulait que son bien et, d'une certaine façon, elle restreignait ses plaisirs et distractions pour qu'il se concentrât un maximum sur ses études et pût obtenir une place professionnelle que ses parents avaient mis des lustres à atteindre. Un sanglot se coinça une nouvelle fois dans sa gorge, l'enfant n'était pas encore prêt à abandonner ses crayons de couleur, pas ce soir en tout cas. Il ressentait le manque du trait et du grattement de la mine sur le papier, mais toutes ses affaires de dessin se trouvaient secrètement cachées au fond de son sac de classe qu'il avait... qu'il avait... Élias scruta l'obscurité. À droite. À gauche. Derrière lui. Rien.

- Mince ! Mon sac... murmura-t-il.

Il l'avait abandonné devant la maison ; ses parents avaient dû le conserver avec eux et s'il voulait le récupérer, il allait devoir affronter leurs remontrances. Il évalua son état émotionnel et s'estima prêt pour une excursion ninja jusqu'au salon pour reprendre possession de son bien en douce.

- Mode furtif on...

L'Enfant-Double [En pause pour le temps du NaNoWriMo]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !