Bonne lecture ! 

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Elle m'obsède, elle est dans toutes mes pensées. Les médecins cherchent à me faire parler d'autre chose mais ils n'ont de moi que des bribes dénuées d'intérêt. Les phrases que je daigne leur donner sont vides de sens tant mon esprit est ailleurs. Je leur répète encore et encore que je n'ai pas envie de mourir, que ce n'était qu'un accident mais ils persistent dans leur idée folle qu'il me faille un suivi régulier ainsi qu'une surveillance accrue. Je m'en moque, je dis oui à tout pourvu que je puisse sortir d'ici et retourner auprès d'elle. Elle a besoin de moi autant que j'ai besoin d'elle. Nous sommes unis par un lien profond que personne ne peut comprendre, je ne peux pas ne pas penser à elle. Les réunions, les comités directeurs, les heures passées sur les rapports, tout cela n'est qu'enrobage, l'important est ailleurs. Je veux sortir, je veux aller la retrouver.

Ce maudit hôpital est ma maison depuis bien trop longtemps. Ma boîte a eu le temps de s'effondrer trois fois et miss42 s'est certainement retrouvé un mec. Deux semaines, je suis coincé là depuis deux longues semaines. Je n'e peux plus de ces murs blancs, de ces lumières indirectes et froides, de cette ambiance stérile. Je veux revoir Gaia !

Le médecin au regard furibond frappe à ma porte et ouvre avant même ma réponse, il fait comme chez lui. Je distingue à peine ses lèvres camouflées par une imposante moustache qui fusionne avec une barbe brune.

— Vous pourrez sortir cet après-midi, me dit-il à mon plus grand soulagement. Je vais vous donner le numéro d'un spécialiste à consulter urgemment. Nous avons bien compris que ce n'était pas là une tentative de suicide néanmoins vous êtes sujet à une addiction qu'il faut traiter. Vous atteignez souvent les limites de votre corps et les pilules ne font qu'amplifier ce phénomène. Je vous donne le numéro d'un autre spécialiste, celui-là n'est pas un médecin mais il vous aidera à avoir une meilleure hygiène de vie. Il vous faut plus de stabilité.

Il me faut surtout moins de bugs.

— Le stress est à réduire, drastiquement.

— Je suis grand patron, le stress fait partie de mon quotidien.

— Vous allez devoir apprendre à déléguer, à faire confiance à vos employés.

Il veut couler ma boîte, je ne peux rien lâcher. Le chiffrement c'est ma vie, je ne peux pas abandonner l'atelier. Quant aux tâches de direction, je suis le patron, je dois tout contrôler.

— Oui, je comprends.

Cause toujours.

Je l'écoute d'une oreille distraite, j'ai retenu le plus important : je sors aujourd'hui. J'attends son départ pour appeler Sean. Ce grand roux m'a téléphoné tous les jours depuis qu'il a appris mon accident. Son voyage s'est achevé la semaine dernière et depuis il vient également me voir tous les soirs après le travail.

— C'est vrai ? Tu sors ? s'écrie-t-il à l'autre bout du combiné, il n'a pas conscience qu'il existe un bouton de volume. Je passe te prendre à quelle heure ?

— Le plus sera le mieux, j'ai hâte de sortir d'ici.

Je vais faire du ragoût d'infirmière si je reste encore une nuit ici.

Le file avec la vitesse d'un paresseux endormi. Le dernier déjeuner est aussi fade que les autres et lorsque Sean arrive enfin, je l'accueille tel un messie.

— Appelle-moi sauveur, me déclare-t-il avec modestie. Je te ramène chez toi.

Chez moi, dans ce petit studio qui va me sembler bien vide. Le résultat est encore pire que ce que j'avais prévu. Les cartons de miss42 ont été enlevés, il n'y a plus aucune trace d'elle, si ce n'est un petit mot me souhaitant bon courage. Il date d'avant mon séjour à l'hôpital.

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