Chapitre 9 : « Fantine, Fille-de-Joie »

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » :


Un an s'est écoulé depuis la capture de M. Madeleine, a.k.a Valjean, alias Cheval Jean. Fantine est désormais à la rue et doit trouver un moyen pour subvenir à ses besoins, et surtout ceux de sa fille, élevée à titre onéreux chez les Thénardier...


Fantine se sent seule, sans issue, enfermée dans une grotte emplie de ténèbres dont les parois ne cessent de se resserrer un peu plus chaque jour. Elle n'aura bientôt plus d'air, elle prie pour que sa souffrance. Elle voudrait en finir là, mais Fantine est désormais une mère. Elle doit penser à sa fille : Cosette. La chance a abandonné Fantine, ou plutôt, refuse de lui sourire. Fantine n'a jamais eu de chance dans sa vie. Ce n'est pas aujourd'hui, dans les heures les plus sombres de son existence, que le sort se retournerait. Mourir, ce serait une manière rapide et simple d'en finir. Mais Fantine ne peut abandonner Cosette. Ce serait trop cruel.

Fantine est obligée de continuer à vivre. De survivre. Trouver une solution, moins pour une elle que pour son innocente fille... Fantine n'a d'autre choix que d'offrir ce qu'elle a de plus précieux : son corps et sa Joie. Son corps, car il est encore tendre, ferme, beau, séduisant. Sa joie, car c'est son pouvoir, pouvoir révélé lors de son union avec Félix. Passionnément amoureuse de son Don Juan, elle s'est offerte à lui dans toute son intimité. Son don s'est alors éveillé, épanoui à ses côtés. C'est d'ailleurs ce qui explique pourquoi un butineur, un baratineur, un séducteur sans vergogne, comme Félix soit resté aussi longtemps auprès d'elle. À chaque étreinte, à chaque baiser, elle remplissait son cœur et son âme de bonheur, d'enthousiasme, d'espoir. Lui, joueur invétéré, considérait à tort qu'elle lui portait chance. Mais Felix a dû se rendre l'évidence : la richesse que prodiguait son amoureuse ne le rendrait jamais riche comme Crésus.

Fantine n'a jamais réutilisé son don car, il l'aurait rapidement menée à exercer la profession de fille galante. Mais les temps changent... Dans un premier temps, elle exerce librement son activité. Mais elle découvre rapidement qu'il lui faut des papiers en règle car les lois ont changé après la chute de Napoléon. Plus de tolérance accordée à ceux qui exercent une activité jugée immorale. Il faut s'enregistrer à la Mairie si l'on veut obtenir le passeport jaune, passeport qu'ils doivent afficher en public, quand ils exercent leur activité douteuse. La société de Louis-Dit-Oui-bis reconnaît aux pauvres le droit de vendre leur dignité pour survivre à condition qu'ils soient marqués du sceau de l'infâmie. L'idée étant d'informer les bonnes gens de la nature viciée de ces créatures qui vendent leur corps et leur âme pour du pain.

La loi étant hélas affaire de jugement et d'interprétation, ce n'est pas toujours l'avis des agents de Police qui reprochent à Fantine de s'exhiber en pleine rue. En général, après quelques échanges verbaux et pécuniers, Fantine parvient à convaincre les policiers de la laisser faire. Le temps passe. Cosette grandit, Fantine se languit. Ce nouveau commerce ne lui insuffle guère de plaisir mais lui permet néanmoins de payer son loyer et les frais de garde exigés par les Thénardier, frais devenus de plus en plus exorbitants.

Un jour, un funeste jour d'hiver, alors que Fantine bat le trottoir. Un va-et-vient incessant et sans réel objet : elle n'attend personne en particulier. Vêtue d'un long manteau, qui ne cherche guère à protéger sa chair appétissante du froid. Manteau sur lequel est épinglé une un crucifix jaune inversé : insigne révélant la nature immorale et viciée de son commerce. Tout cela destiné à guider l'œil exercé d'un bourgeois. Fantine cherche le prochain client... Malheur pour elle, ce n'est pas un bourgeois qu'elle appâte mais un agent de la sûreté. Élément brillant et incorruptible des forces de l'ordre, l'agent spécial Javert dénude Fantine avec ses yeux de rapace. Yeux qu'il a toujours plaisir à dissimuler derrière sa paire de lunettes opaques. La femme qu'il observe a quelque chose cloche du diable. Au lieu d'être une forme terne et sans éclat, cette prostituée dégage une aura envoûtante. Ce n'est pas du menu fretin mais une Mécréante. Et elle ose faire commerce de cette diablerie qu'elle considère comme un don du ciel ! Ignore-t-elle que l'époque des tolérances bonapartistes sont bel et bien passées. Depuis que le bon roi Louis Dit-Oui-bis est de retour, tout est rentré dans l'ordre. Et ces humains dénaturés doivent terminer leur vie infâme en prison !

— Vous ! lâche-t-il en pointant Fantine de son doigt ganté.

— Moi ?!

— Oui, vos papiers !

— Heu...

— Agent spécial Javert ! Je veux voir vos papiers !

— Mais...

Impatient et agacée par les minauderies de la demoiselle, Javert, s'empare de son sac à main et fouille à l'intérieur. Il ne lui faut quelques secondes pour trouver le fameux passeport jaune.

— Vous a-t-on appris à l'école que nul n'est censé ignorer la loi ?

— Brigadier.

— Lieutenant.

— Il y a sûrement moyen de s'arranger...

— Comment ?! Vous croyez que vous m'aurez comme les autres ?!

— Lieutenant, Ce... C'est un malentendu.

— Point du tout. Sachez, mademoiselle, que le Code de Bienséance du bon roi Louis-Dit-Oui-bis est très clair : le passeport jaune n'est délivré qu'aux misérables, à condition qu'ils n'en profitent pas pour exploiter un don réprouvé par l'Église.

— Je... Je ne comprends pas

— Votre don ! Vous êtes une Mécréante ! Vous profitez de la détresse de vos clients pour exercer votre pouvoir démoniaque sur leur volonté affaiblie.

— C'est faux... Je leur donne de la joie.

— Vous faites bien pire plus que cela ! C'est un attentat aux bonnes mœurs ! Vous aguichez le chaland ! Vous tentez de corrompre le bon père de famille avec vos airs de sainte-nitouche ! Vous êtes souillée, contaminée, contagieuse ! Vous n'êtes pas une pauvre fille, je vous le dis, mais une Mécréante ! Un monstre de foire !

— Mais...

— Vous êtes une sorcière, une succube, une maladie honteuse pour le bon père de famille. Une terrible menace pour la société !

Javert abat ses mains sur la pauvre Fantine et l'enserre dans ses bras.

— Vous me suivez au poste, on va faire ça dans les règles, et ensuite, je vous envoie au bagne !

— Non ! Monsieur l'agent spécial ! Pitié !

— La Loi est la Loi, elle ignore la pitié ! « Dura lex, sed lex » !

Fantine n'a jamais eu de chance dans sa vie. La voilà désormais au bord du gouffre. Que va-t-elle devenir ? Que va devenir Cosette ?...

À suivre...

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