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THE LAST ONE !

Dans un bruit régulier, ma valise glisse sur le parquet du hall, à mesure que je traverse ce dernier. Ma journée s'annonce longue, ennuyeuse et éprouvante. Tous mes coéquipiers sont déjà repartis à Nîmes, plus tôt ce matin alors que je dois rester pour passer quelques examens dans un hôpital sur Paris. Heureusement pour moi, Mark et mes sœurs vont rester avec moi.

L'esprit un peu ailleurs, je me retrouve devant le comptoir du concierge de l'hôtel qui porte aussitôt son attention sur moi. Je prends la carte de ma chambre dans ma poche et la fais glisser vers lui sur le bois du meuble en le remerciant.

- Euh... Monsieur Tomlinson ! m'interpelle le concierge alors que je commençais à m'éloigner.

- Oui ? Y'a un souci ?

- Non du tout.

Il me fait un grand sourire professionnel pour me signifier que tout va bien avant de me tendre une enveloppe blanche.

- Un monsieur a déposé ceci pour vous ce matin.

- Un monsieur ? m'étonné-je.

- Il n'a pas voulu donner son nom, je suis désolé... Mais cela semblait très important pour lui que vous ayez cette lettre en main propre avant votre départ.

Je fronce les sourcils et lâche la poignée de ma valise pour pouvoir attraper l'objet. Je fais tourner ce dernier dans tous les sens, cherchant un indice dessus mais il est totalement vierge.

- Vous êtes sûr que vous ne le connaissiez pas ? j'insiste malgré tout.

- Sûr, monsieur. Mais vous aurez peut-être une réponse en l'ouvrant.

Je hoche la tête à cette évidence qu'il assène mais je n'ose pas l'ouvrir. Je n'ose pas parce qu'il y a un espoir en moi qui est né quand j'ai pris cette enveloppe dans ma main. Un espoir vicieux et invraisemblable.

Que ce soit un mot de Harry.

Je secoue la tête en ricanant. Ça ne doit être que mon entraîneur ou un gars de l'équipe. Peut-être même Calvin qui m'envoie une carte pour me rappeler que j'ai perdu la finale de la coupe de France hier soir. Avec lui, ce n'est pas impossible.

Je remercie encore une fois le concierge, coince la lettre dans mon bandage et rejoins mes sœurs, Tommy et Tasha qui m'attendent un peu plus loin. La voix de Lottie résonne aussitôt à côté de moi :

- Qu'est-ce que tu as là ?

Elle me montre l'enveloppe et je me contente de hausser mon épaule valide. Je me passe la langue sur mes lèvres pour les humidifier et leur fais signe de sortir de l'hôtel. Nous ne mettons pas longtemps à retrouver Mark et le van qui nous est réservé.

A peine sommes-nous assis dans le véhicule que celui-ci se faufile déjà dans la circulation fluide. Je jette un coup d'œil dehors et me repasse pour la millième fois les dernières vingt-quatre heures que je viens de vivre.

Je me suis arrangé pour me bousiller une épaule, jouer la finale de la coupe de France, la perdre, me battre avec Calvin, bousiller encore plus mon épaule, rencontrer Harry, repousser Harry, regretter ce geste, embrasser Harry, rejeter en beauté Harry... J'ai encore plus regretté de l'avoir fait quand je me suis couché dans mon lit froid cette nuit mais ça n'a pas duré longtemps.

Je soupire au même moment où Félicité me subtilise l'enveloppe. Elle la lève à hauteur du regard, juste entre nous et m'interroge assez fort pour que tout le monde puisse profiter de notre conversation – il n'y a jamais eu de secret dans cette satanée famille de toute façon :

- Tu l'ouvres ou je le fais pour toi ?

Je ris mais m'arrête vite quand elle me foudroie du regard.

- Je l'ouvrirai. Ça ne presse pas.

Et là, sans crier gare, elle l'ouvre rapidement mais elle a au moins la gentillesse de ne pas lire le mot qui se trouve à l'intérieur et me le tend immédiatement en m'affirmant :

- Il était canon ce grand brun...

Je déteste ma sœur mais quand je vois le grand sourire qu'elle me fait à cet instant, j'oublie ma haine pour profiter de ce visage rayonnant qu'elle m'offre et que je n'avais pas vu depuis des mois.

- Il n'y a aucune raison pour que ce soit lui.

- Tu ne peux pas savoir avant d'avoir lu ce mot.

Je lui arrache presque la carte en grognant, juste parce que je veux lui prouver qu'elle a tort. Ou alors parce que l'espoir est revenu envahir mon esprit à l'écoute de ses mots. Je baisse les yeux sur l'écriture fine. Un sourire apparaît sur mes lèvres à mesure que je lis :

Voici mon numéro pour la prochaine fois où tu reviendras sur Paris.
Si cela t'intéresse toujours, je crois que je suis prêt à te faire la cour...
Aussi longtemps qu'il le faudra...
Harry

Hand(s) to MyselfWhere stories live. Discover now