PARTIE 5

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5 semaines et je me sens comme une merde. Mon ventre crie famine mais je suis incapable de manger. Mes muscles sont lourds, faibles, mais je n'ai plus d'appétit. Je me sens plus bas que terre.

Je fixe l'objectif du photographe d'un air absent pour un article du journal local. Je n'y suis pas du tout. Je suis ailleurs, dans les vapes, engourdi par la fatigue et mon manque de sommeil. J'ai honte de me montrer comme ça. Sofia, mon nouvel agent, me regarde l'air inquiet. Elle a l'air en colère, aussi. J'entends le photographe crier que c'est terminé et qu'il a de quoi faire. Je me sens soulagé d'avoir déjà terminé mon interview. Sofia me tend une bouteille d'eau et une barre de céréales.

- Tu es un cadavre, Tom  ! Il faut que tu manges, que tu reprennes des forces. Tu ne vas pas réussir à tenir le rythme, autrement.

- Je sais.

- Mange ça  !

Je la regarde s'en aller passer un coup de fil tandis que je me laisse tomber sur le fauteuil de ma loge. Je soupire, épuisé. Je me regarde dans le miroir à ma gauche  : mes cheveux son propres, doux, mais ça détonne avec mon visage épuisé, cerné et creusé. Ma peau est abîmée à cause de la fatigue et de la mal-nutrition, sans compter les médicaments pour le sommeil et le stress que je prends depuis des semaines. Je n'en peux plus. J'ai l'impression de m'être fait rouler dessus par un bus.

- Tom, tu es sur scène dans 25 minutes. Tu es prêt  ?

Je hoche simplement la tête en guise de réponse avant de fixer un point invisible par terre. Je suis exténué et j'ai honte de monter sur scène dans cet état là. D'autant plus que je suis chez moi. Je joue dans la plus grande salle de ma région natale. Mes potes sont là, ma mère, et Noémie. Je fais la fierté des locaux et, ce soir, ils ne vont voir qu'un déchet défoncé aux calmants interpréter des chansons. J'aimerais partir en courant, loin, et tout annuler. Ce serait plus simple. J'ai tellement honte de ce que je suis devenu. Mon père m'a détruit et Mathieu m'a bousillé. De plus, les photos illégales dans les médias et les articles malvenus me foutent aussi plus bas que terre. On dirait que la presse people prend un main plaisir à humilier les gens. J'ai envie de vomir.

Je me lève de mon fauteuil pour m'habiller. Planté comme un légume devant ma valise, j'opte pour un jean bleu clair troué au genoux et un simple débardeur noir d'une marque de skateboard connue. Dans le miroir, j'essaie de replacer mes cheveux correctement sur ma tête mais c'est peine perdue. Et je me rends compte que, même maquillé, je fais peur à voir.

Je commence peu à peu les vocalises. Je fredonne mes chansons au début, pour le rythme et l'oreille, et je viens ensuite chanter plus fort jusqu'à monter les notes les plus hautes. Ma voix est légèrement cassée, fatiguée à force d'enchaîner les concerts, mais je ne me démonte pas. Je suis chez moi et je dois faire une concert génial pour tous ces gens qui m'ont soutenu à mes débuts. C'est grâce à eux que j'en suis là aujourd'hui.

Je prends mon téléphone sur le comptoir de la loge pour me connecter sur twitter. Je n'ai pas le temps de répondre ni même de lire à tous les tweets de mes fans, mais je sais que beaucoup attendent un signe de ma part. Je lâche un petit tweet.

● Qu'un plaisir de revenir jouer à la maison  ! Je vous réserve une petite surprise pour le concert de ce soir  ! ●

Je clique sur envoyer et j'éteins mon portable. Noémie m'a envoyé un texto il y a près de 45 minutes, pour me montrer à quel point la salle était pleine. Je stresse. J'espère que tout va bien se passer, même si je suis crevé. Je vais tout donner. Je dois tout donner.

X   X   X

Je suis en backstage en train de boire une bouteille d'un litre d'eau d'une traite. Je suis à bout. Cela fait près d'1h45 que je joue comme un idiot sur scène. Je n'ai presque plus de voix, je suis à bout de forces, mais je n'arrive pas à renoncer. Je suis déjà sorti de scène une fois, il y a 20 minutes, avant de revenir jouer quatre morceaux. Le Rappel, comme on l'appelle.

Tempête GriseLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant