PARTIE 3

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Je claque la porte de la chambre d'hôtel dans mon dos, avec mon pied. Je ne tiens pas debout. J'ai mal partout. J'ai mal aux bras, aux jambes, à la tête et, surtout, aux abdominaux et aux joues à force de pleurer. Mon dos me fait souffrir car ça fait près de 30 minutes que je tressaute à chaque sanglot. Je m'étouffe. Je n'ai même pas de mouchoir pour essuyer la morve qui coule de mon nez. Je veux mourir.

- Tom  ? C'est toi  ?

Je reste planté là, au milieu de la chambre d'hôtel. J'attends que Mathieu vienne et me serre dans ses bras. J'en ai besoin. Je suis à deux doigts de tomber par terre. Je renifle, mes yeux larmoyants rivés sur le sol. J'y vois flou.

- O-ou-i.

Je déglutis en respirant par la bouche, parce que mon nez est bouché. Je suffoque. J'ai envie de hurler. Je le savais. C'était le calme avant la tempête. Mon père ne changera jamais. Il est et restera un connard profiteur pour toujours. J'entends Mathieu qui marche sur la moquette de sa chambre.

- Alors comment ça s'est... merde Tom, qu'est-ce qu'il y a  ?

Il se précipite sur moi et, aussitôt, prend mon visage entre ses mains pour que je le regarde. Je le fais. Ses yeux gris me mettent en feu. Il est si beau. Ses paumes brûlantes sur mes joues me réchauffent et, quand je vois son regard paniqué et, surtout, désolé, je m'effondre contre lui. Il vient aussitôt refermer ses bras musclés dans mon dos, sa main sur ma nuque pour maintenir mon visage sur son épaule. Je souffre le martyre. Je recommence à pleurer, fort, comme un bébé. Il caresse mes cheveux pour me calmer. Il sent le gel douche pour homme. Mon cœur s'emballe. Cet homme est le paradis.

- Viens, viens t'asseoir...

Difficilement, il me traîne jusqu'à mon lit défait de la nuit dernière pour nous y asseoir. Je me retrouve assis près de lui, comme un bébé, ma tête sur son épaule. Je me rends compte seulement maintenant que je le serre contre moi si fort que mes doigts sont blancs. Je ne veux pas le lâcher. Il est la seule personne en qui j'ai confiance ici.

- Raconte-moi. Qu'est-ce qu'il s'est passé  ?

J'inspire profondément pour me donner la force. J'ai envie de hurler et de le frapper, de lui dire que tout ça c'est de sa faute et qu'il n'aurait jamais du contacter mon père. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas lui hurler dessus parce que je suis triste et que mon père est un enfoiré. Il n'y est pour rien, lui  : il voulait simplement m'aider. Je lève les yeux pour le regarder, en respirant plusieurs fois profondément pour calmer mes sanglots.

- Il... j'y ai cru. Il m'a dit qu'il voulait qu'on reparte de zéro et que je lui manquais, qu'il m'aimait... tout ça. Je sais que c'est un menteur et un manipulateur mais j'y ai cru. Il avait l'air sincère et...  , je renifle.

- Et quoi  ...  ?  , demande-t-il tout bas, encore tout endormi, en caressant ma joue avec son pouce.

- Et... il s'en fout de moi. Il était juste là pour que je lui fasse un chèque...

Je me remets à pleurer, silencieusement cette fois-ci.

- Pardon  ?! , Mathieu me secoue un peu, sous le choc.

- Mhmh..., j'inspire. Tout se passait bien et au bout d'une heure il m'a sorti ça, comme ça..., je renifle. «  T'as pas 2000€ à me dépanner  ». J'ai compris qu'il se foutait de ma gueule... il voulait juste du fric... quand j'ai dit non il s'est énervé et il s'est tiré. Il se tire tout le temps de toute façon... et moi j'y ai cru. Comme un con, j'y ai cru...

Je cesse de parler. C'était bref, mais clair. Je sais que Mathieu a compris le problème et, aussi, je sens que ça le met hors de lui. Il me tient toujours aussi délicatement contre lui, pour me rassurer et me calmer, mais je sens que tout son corps s'est tendu comme un arc. Il est en colère et je crois que s'il l'avait en face de lui, là, il serait capable de le frapper. Tu parles d'un père. J'ai envie de vomir.

Tempête GriseLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant