Chapitre 13

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Jonathan


Mon souffle se coupa ; ma gorge s'assécha. Je ne pus soudain plus parler. Mon corps était tétanisé. Des images s'imposèrent à moi alors qu'un frisson remontait le long de mon dos. Des images que j'avais cru pouvoir enterrer.

— Comme on se retrouve, Jonathan ! souffla-t-il à mon oreille en se penchant sur moi.

Grâce à sa grande taille, il n'eut aucun mal à me faire obstacle si, d'aventure, j'avais retrouvé la force de tenter de m'enfuir. L'une de ses mains maintenait même mon épaule fermement collée sur le mur du bâtiment contre lequel il m'avait violemment poussé.

— Où t'étais passé ? Ça fait, quoi ? Vingt jours ? Un peu plus. Vingt-trois, que je n'ai plus de nouvelles de ta part. Tu m'as fait de la peine, le sais-tu ?

De la peine ? Lui ? C'était bien la dernière émotion qu'il était capable d'éprouver. J'avais envie de lui crier d'aller se faire foutre mais rien ne sortit de ma bouche. Rien ne répondait à ma volonté. Mon corps ne se souvenait que trop bien de mon ancienne servilité. Je tremblais et mes jambes peinaient à me porter. Il me semblait bien que, si Daniel me relâchait, j'allais glisser au sol sans parvenir à me raccrocher à quoi que ce soit. Bon sang, comme je me dégoûtais d'avoir été si bien conditionné, de lui avoir donné autant de pouvoir.

— Je crois que nous avons à parler, tous les deux ! Que dirais-tu de rentrer ?

Je dus me mordre la lèvre pour trouver la force de surpasser cette immobilité morbide qui figeait mon être mais j'éprouvai satisfaction à réussir à frapper son poignet qui me retenait. Et là, ce fut la libération.

— Casse-toi, Daniel ! Je n'ai rien à te dire et nous n'avons plus rien à voir ensemble !

Que n'avais-je pas dit là ! Ma fierté fut de courte durée car la réponse fut cinglante. Une gifle vint m'arracher mes lunettes qui terminèrent leur course sur le bitume, achevant d'éclater mes pauvres carreaux déjà forts éprouvés. Je me retrouvai, de fait, presque aveugle. Ce qui n'était vraiment pas pour m'aider et Daniel le savait. Il venait de considérablement me handicaper.

En face, quelques badauds furent interpellés par le geste à mon encontre mais nul n'intervint. Bah ! Quoi ? Fallait pas s'attendre à grand chose. On était à Paris, après tout. Quant à cette clientèle qui se pressait pour gagner la boîte de nuit où travaillait Shin, elle avait bien autre chose en tête pour se frotter à un type tel que Daniel : grand, bien bâti et transpirant l'assurance.

— Tu me suis sans faire d'histoires, suis-je assez clair ?

J'hésitai à tenter une nouvelle opposition. J'étais à deux pas de l'Underground. Peut-être qu'avec un peu de chance, je pouvais aller y trouver secours ?

— N'y pense même pas ! parut deviner Daniel en m'attrapant par la nuque. C'est entre toi et moi !

Je me contractai sous l'intensité de la douleur. Il n'allait quand même pas me rompre le cou, si ? Après tout ce que j'avais déjà expérimenté à ses côtés, je ne jurais plus de rien. Je dus courber l'échine et amorcer un premier pas, abandonnant mon cellulaire derrière moi.

— Tu n'as quand même pas oublié où tu habitais, hein ?

Question stupide ! C'était mon appartement, mon chez moi ! Celui que j'avais été si content de pouvoir louer à la fin de mes études. Ma maison pour laquelle j'avais... été trop loin, par peur de tout perdre. Le foyer qui avait aussi été le théâtre de mes pires cauchemars.

Il me poussa sans me relâcher et me força à repartir en arrière dans la rue du Cherche-Midi. Il faisait nuit, il était tard. Les rues s'étaient désertées et je savais que, si on s'éloignait encore, il n'y aurait bientôt plus personne pour me porter secours. Je serai alors seul avec lui. J'eus envie de crier, d'appeler au-secours, mais Daniel le vit et me plaqua de plus belle contre la pierre des vieux bâtiments. Un genou comprimant mon ensemble trois pièces, il m'embrassa avec une folie qui me fit tressaillir. Je ne pus pas lui refuser mes lèvres, me dérober à sa violence. J'endurai rageusement l'assaut, acceptant sa langue punitive, juste pour en finir plus vite.

À fleur de peau (M/M - Boy's Love)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !