Fée'rtile

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— Tu mens !


La voix est sortie de nulle part. J'ai même cru deviner un visage. Et aussitôt après, plus rien.

Je tends l'oreille.

Il m'arrive souvent de me parler à moi-même. Je me raconte des histoires, me réjouissant d'être là. Et toujours, je pense être seule. Certaines fois seulement, je m'imagine que les rêveurs entendent ma voix dans le lointain, comme ils entraperçoivent parfois les mondes que je construis pour les fée'rés.

Pour tous ceux qui ne m'ont pas rejointe, Fée'rtile n'est visible que dans ce bref instant qui sépare le sommeil de l'éveil.

Personne ne m'a jamais répondu.

Surtout pas un simple rêveur ! Les rêveurs sont si loin de moi, eux qui continuent de se lever chaque matin, eux qui n'arpentent pas mes mondes, qui se contentent seulement de les regarder parfois au détour d'un de leurs rêves.

Mais celui qui m'a parlé ne faisait que rêver, j'en mettrais ma main à couper. Il n'a pas cette aura particulière qu'on les fée'rés. Il est lointain, distant.

Il est en colère aussi.

Il m'a traité de menteuse.

Ce n'est même pas à lui que je m'adressais.

Qui est-il ?

Et pourquoi y avait-il tant de colère dans sa voix ?

« Tu mens »

Je ne mentais pas, je pensais. Les pensées ne sauraient mentir.

Que disais-je ?

J'aime être ici, j'aime imaginer, j'aime voir le sourire des fée'rés quand ils se réveillent dans un univers nouveau qui la veille encore n'avait pas été inventé. J'aime savoir mon travail apprécié. Plus les fée'rés sont nombreux, plus je me sens fière.

J'ai beau avoir peur d'elle, je suis reconnaissante à Maléfique. Sans elle, je ne serais pas à Fée'rtile. C'est elle qui est à l'origine de cet endroit, elle et le sort qu'elle m'a lancé.

Si quelqu'un sait qui m'a interpelé, c'est elle.

— Maléfique ?

Il est rare que je l'appelle. J'ai accepté de la suivre, certes, et j'adore le monde auquel elle m'a donné accès. Il n'empêche qu'elle, je la crains. Je ne sais pas si cette peur vient de moi ou de tout ce que j'ai entendu sur elle. Ce que je continue d'entendre. Je ressens ce que ressentent ceux qui habitent à Fée'rtile. Et vis-à-vis de Maléfique, je ne capte que de la peur.

Nous avons tous été élevés dans l'idée qu'elle méritait son prénom. Même moi. Surtout moi. Automne ne m'a parlé d'elle que pour que je m'en défie. Et ça a marché. Elle-même ne fait rien pour changer son image. Je n'ai pas encore déterminé si elle aime être crainte ou si elle est vraiment aussi terrible que les gens le croient.

Elle n'a pas mis longtemps à apparaître. À croire qu'elle est toujours derrière moi. Qu'elle se rend invisible sans jamais partir pour autant. Elle me tance, le regard fier, attendant que je parle la première. Quant à moi, je recule de quelques pas, instinctivement. Je serre les poings pour ne pas bégayer. En sa présence, avoir l'air digne est toujours un effort. Elle me surpasse toujours, quoi que je fasse.

— Vous avez entendu ?

— Qu'est-ce donc mon enfant qui vous préoccupe ?

Elle est à quatre pas de moi. Bien trop proche. Je sens d'ici son souffle presque solide. Toutes les fées produisent un effet sur ceux qui les regardent, des sensations qu'il est parfois difficile d'ignorer. Mais ce que dégage Maléfique est différent, maléfique. A côté d'elle, je n'ai pas l'impression d'être enveloppée, je me sens prise en étau, comme serrée d'une poigne de fer qui ne se desserre pas, qui me prend par la gorge, par les hanches, partout, et qui m'empêche de penser.

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