Chapitre 11

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Vendredi 23 juin 2017


Maël


Dire que je vécus un véritable enfer durant les trois jours suivants était encore loin de la vérité.

Tout avait commencé avec la journée du mercredi, lorsque je me réveillai avec l'oreiller étroitement serré entre mes bras. L'odeur de Nath' avait bel et bien disparu, ce qui eut le don de me mettre de mauvaise humeur dès le matin.

S'ensuivit un appel de mon patron, m'invitant à participer la Fête de la Musique, le soir-même à la Closerie. Mr Vogel voulait que les trois pianistes que nous étions à bosser là-bas, nous retrouvions pour une sorte de grand spectacle particulier où chacun de nous jouerait à tour de rôle, histoire de mélanger les styles et les répertoires, voire, pourquoi pas, de jouer à quatre mains. J'avais besoin d'argent, j'acceptai. Pas de gaieté de cœur, je tenais à le souligner.

L'après-midi du 21 fut donc consacrée à préparer, à la hâte, une série de chansons qui devaient être joyeuses et dansantes. Tout l'inverse de mon état d'esprit, en quelque sorte. Il me fut impossible d'y mettre toute la bonne volonté dont j'aurais pu faire montre si mon colocataire ne s'était pas tiré avant que je réalise qu'il me rendait dingue.

Oui, dingue ! C'était le mot.

Nath' était partout. Dans ma tête, dans un souvenir, dans un rayon de soleil, dans une odeur ou dans mes habitudes. Je l'avais dans la peau, tout simplement. Même sans qu'il n'ait rien laissé pour me le rappeler, je le ramenais à tous mes gestes du quotidien. Mes joies, mes peines, je voulais les partager avec lui. À l'heure du repas, je me rappelais ses bons petits plats et pestais de devoir me contenter d'une tranche de jambon dans un morceau de pain et d'un yaourt quand je savais qu'il aurait préparé quelque chose d'appétissant. Nous aurions regardé notre série en mangeant silencieusement, partageant un moment de complicité. J'eus une pensée pour lui rien qu'en prenant une bière. Je vidai même mon cendrier en me rappelant que je l'indisposais chaque fois que je fumais, même s'il n'en avait jamais rien dit.

Ce fut tel qu'à un moment, j'abandonnai l'apprentissage de mes partitions pour retourner sur le Facebook de sa page auteur. Tout ça, rien que pour pouvoir le contempler sur ses photos. C'était peut-être stupide mais j'en avais besoin. Pour me rassurer, pour commencer. Ainsi, j'avais l'impression que notre lien n'était pas encore rompu, qu'il restait peut-être quelque chose à faire pour le ramener. Du moins, s'il pouvait encore vouloir de moi après tout ce que je lui avais dit. Parce que, oui, je venais de prendre ma décision : je voulais le retrouver !

Mes divagations manquèrent de peu de me mettre en retard. Pour être à l'heure à la Closerie, je dus sauter le repas et me précipiter pour m'y rendre. J'arrivai essoufflé sur place et dus prendre le temps de me rafraîchir avant le début de la soirée.

Que dire sur ce qui se passa ensuite ? Juste que je n'éprouvai aucun plaisir à me produire. C'était terrible à dire mais j'aurais presque dit que mon amour pour la musique m'avait quitté en même temps que Nath'. Il fallait vraiment que je sois malade pour en arriver à dire ça. Tant, que j'en pris presque peur car, pour autant que je sache, au moins ma rupture avec Virginie ne m'avait-elle pas privé de ce plaisir et de ce besoin que j'avais de jouer. Or, il était évident qu'en perdant Nath', je risquais de perdre tout ce qui me restait encore. Cela voulait-il dire que mes sentiments pour lui étaient plus forts que ceux que j'avais eu pour mon ex-fiancée ? Cela ne se pouvait pas, si ? Parce que si j'avais mis le doigt sur cette vérité, je ne donnais pas cher de ma peau dans le cas où je ne retrouvais pas Nath' ou qu'il me rejetait.

À fleur de peau (M/M - Boy's Love)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !