Chapitre 9

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Lundi 19 juin 2017


Maël


Durant toute la fin de semaine, j'avais pris grand soin d'éviter au maximum Nath'. J'avais besoin de réfléchir, de prendre mes distances. De savoir que dire ou que lui demander lorsque nous aurions une véritable conversation car, oui, je voulais en avoir une. Il était important pour moi que je l'informe de ce que j'avais découvert, de ce qui me minait. Dans cette optique, j'espérais entendre en retour de bons arguments, des explications, ou quoi que ce soit d'autre qui saurait aller à l'encontre de cette vérité que je me figurais. En d'autres termes, que Nath' démente tout ça était mon dernier espoir de pouvoir préserver avec lui cette amitié que je lui vouais. J'étais pourtant lucide quant au fait que ça n'arriverait pas. Sinon, comment expliquer le baiser qui passait en boucle dans ma tête ?

C'était stupide, et terriblement dommage, mais je ne me sentais pas du tout de poursuivre cette cohabitation si l'un de nous avait des intérêts pour l'autre... Correction, si Nath' avait des intérêts pour moi. Je ne voulais pas être sa proie. Comment dire ? Ça me mettait mal à l'aise ! Être convoité, savoir qu'il éprouvait sans doute du désir, ou qu'il avait peut-être des pensées érotiques à mon sujet, me hérissait le poil. Moi, avec un mec ? Très peu pour moi !

Cette histoire m'avait tant perturbé que, là que j'étais devant mon piano, à Montparnasse, je ne savais plus quoi jouer. Je n'étais pas déprimé au point de jouer des airs mélancoliques, mais loin d'être assez joyeux pour vouloir mettre l'ambiance. Ce qui était regrettable car, depuis que j'avais su captiver mon public, j'avais gagné un accès privilégié à l'instrument. Les vigiles, qui m'avaient déjà repéré à plusieurs reprises, m'avaient accosté le vendredi au matin pour me féliciter et m'encourager à animer la gare quand l'envie m'en prenait. Je n'avais donc plus à me soucier qu'on veuille m'expulser à coup de pied aux fesses.

Je fis donc l'effort de chercher un titre. Longtemps. Rien ne vint. Je me flagellai mentalement pour mon manque d'inspiration. J'en vins à accuser Nath' de cette panne alors même que cet imbécile ignorait tout. Au contraire, il s'interrogeait sur cet éloignement qu'il n'avait pas manqué de remarquer. Je n'avais, en effet, pas été tendre, le week-end passé. Déjà que nous étouffions, pour ne pas dire que nous mourrions littéralement de chaud, je l'avais chargé d'aller nous racheter à boire. J'aurais pu aller avec lui, l'aider à tout porter, mais j'y avais trouvé prétexte à l'éloigner. Dans la même veine, j'avais enchaîné les douches, non pas pour me rafraîchir mais pour m'isoler de lui.

En réaction, il s'était mis à cogiter mais il était à des kilomètres de se douter que j'avais pu le percer à jour. Il pensait plutôt avoir mal fait ou qu'il avait dû dire quelque chose que je n'avais pas apprécié, ce qui l'avait amené à vouloir se montrer disponible et à essayer de m'approcher pour arranger éventuellement la situation entre nous. Seulement, il n'en avait récolté aucune bonne volonté de ma part.

— Bien ! À l'évidence, ça ne sert à rien de rester ici..., soufflai-je en quittant mon siège.

Lassé de cogiter, j'abandonnai le piano, sans doute la première fois que je repartais sans avoir joué le moindre air. Cela avait bien failli, le jour où j'avais craqué, mais mon cœur avait des choses à dire, à crier. Là, il n'y avait rien en moi. Rien d'autre qu'un mur sur lequel toutes mes pensées se heurtaient et se brisaient comme du verre. Je me sentais prisonnier, pris au piège dans mon propre esprit. Pourquoi ? Très bonne question. Peut-être parce que je voulais rejeter Nath' autant que je ne voulais pas perdre son amitié ? Je n'oubliais pas ce qu'il avait fait pour moi et la question ne se serait sûrement pas posée s'il n'avait pas jeté son dévolu sur moi.

À fleur de peau (M/M - Boy's Love)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !