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Debout dans la salle de lecture, Jane regardait les rangées de livres qui emplissaient les murs. Ces derniers jours Orry avait passé son temps ici, à remonter les bibliothèques, les renforcer et les fixer correctement, afin qu’elles puissent accueillir tous les ouvrages destinés à être lus.

Jane s’était, elle, plutôt concentrée sur la serre. Elle avait participé à la mise en terre de certaines boutures et à diverses autres plantations. Si tout fonctionnait comme ils le souhaitaient tous, ils auraient des légumes variés pour se nourrir durant la prochaine saison.

Pour l’instant ils allaient faire avec ça et ils retournaient dans le Queens ou à Brooklyn pour acheter ce dont ils auraient besoin. Mais quand l’argent viendrait à manquer, il faudrait qu’ils se débrouillent par eux même. Ils faisaient donc des plans pour l’année suivante, le plus important étant de pouvoir fabriquer leur propre farine, donc, cultiver du blé… ça n’allait pas être de tout repos mais ils étaient tous motivés.

L’espoir était en train de reprendre le dessus.

Les registres de l’hôpital avaient été lus de long en large, plusieurs fois et une trace d’une maladie inconnue avait été décelée une cinquantaine d’années plus tôt. Il n’y avait pas grand-chose mais on pouvait tout à fait imaginer qu’une partie de la population avait envahie les hôpitaux du nord de l’île et que le gouvernement avait pris peur et avait décidé d’agir de manière extrême. Elle avait ainsi envoyé la milice qui s’était occupée du cas de santé en éliminant tout porteur de la maladie et toute autre personne risquant d’être contaminée. Une fois l’électricité remise en service dans le bâtiment, Anton et Allister pourraient peut-être étudier les vieux ordinateurs, si ceux-ci voulaient bien démarrer.

Mais la communauté désirait plus que tout oublier cela et construire sur de nouvelles bases.

Les fosses communes avaient été refermées et Damon et John avaient construit des croix qu’ils avaient placées dessus, en hommage à toutes ces personnes disparues. Les effets personnels avaient été rassemblés et rangés dans une maison inoccupée.

On pouvait passer à autre chose, même si aux yeux de certains, tout cela manquait de certitude.

La nouvelle de la grossesse d’Isabel avait ravie tout le monde et la jeune femme était couvée et dorlotée à un point qu’elle n’en pouvait déjà plus. Rob en faisait les frais, mais il était tellement heureux qu’il passait facilement au dessus de la mauvaise humeur de son épouse.

Jane et Orry avançaient doucement. La tendresse qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre n’était plus un secret pour personne. La communauté prenait un nouveau tournant, l’avenir semblait clair et assuré.

Orry entra dans la salle de lecture et entoura le buste de Jane de ses bras en se collant à son dos. Elle sursaute, surprise par cette présence soudaine mais elle se laissa aller bien vite contre le torse du jeune homme.

- Tu m’as fait peur, chuchota-t-elle.

- Désolé, répondit Orry en déposant un baiser sur la joue de la jeune femme.

- C’est rien… j’ai été surprise, rien de grave.

Elle appuya l’arrière de sa tête contre le buste de son compagnon et ils restèrent un moment là, à contempler le travail enfin achevé.

- Je sens que tu vas passer ta vie ici, reprit Orry en souriant.

- Oui, j’en ai bien peur, rit Jane. Maintenant que je sais lire je me suis donnée comme mission d'étudier chacun de ses livres. Je veux apprendre, tout m’intéresse, tout m’attire.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant