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Orry n’avait pas laissé Jane devant chez elle. Ils étaient entrés tous les deux et avaient fait chauffer un peu d’eau, afin de se préparer du café. Puis ils étaient sortis par la porte arrière de la cuisine, tenant chacun leur tasse, et s’étaient assis sur les marches donnant dans le jardin. La fin de journée planait sur eux, on entendait au loin les cris de certains enfants appelant Oscar ou jouant avec les chiens de la famille Lee. Tout était calme et rien ne témoignait de ce qu'il avait pu se passer ici, que ce soit des décennies ou des heures plus tôt.

- Tu veux… qu’on parle de ce que tu as vu ce matin ? Commença Orry doucement.

- Tu le veux toi ?

- Oui, mais… je te préviens, ce n’est pas facile, ni à raconter, ni à entendre.

- Je m’en doute, mais j’ai besoin de savoir ce que tu as vécu Orry, ça fait partie de toi et… si on veut…

La jeune femme s’arrêta et baissa la tête.

- Si on veut quoi ?

- Eh bien, tu sais ce qu'il m’est arrivé alors je trouve normal de connaître tout de toi également. Et… je tiens à toi Orry… vraiment.

Orry posa sa tasse à ses pieds et prit la main de la jeune femme pour en embrasser la paume, puis il prit une grande inspiration.

- J’avais dix-sept ans quand c’est arrivé. Je ne sais pas si tu te souviens mais à quelques rues de notre maison, là bas, il y avait les restes d’une vieille épicerie.

- Elle avait été brûlée non ?

Jane écarquilla les yeux à ses propres mots, comprenant le lien entre le jeune homme et cet endroit lugubre, et laissa Orry continuer.

- Oui, elle a été brûlée. Je rentrais du travail, tout seul, et j’ai entendu des cris qui venaient de l’épicerie. Elle n’était déjà plus en service à ce moment là et elle était devenue le repère de certains jeunes qui traînaient un peu. Ils n’avaient jamais été dangereux et je les croisais souvent, sans jamais avoir d’ennui avec eux, mais ce soir là, ils faisaient du mal à quelqu’un… une fille et… je suis intervenu.

Il cessa de parler, reprenant son souffle et il se passa la main sur le visage.

- Bref, je suis entré et ils étaient en train de… d’agresser une fille, que je n’avais jamais vue. Je ne sais pas d’où elle venait, je ne les jamais revue après ce soir là. Je… je me suis montré et je me suis interposé. On a commencé à se battre et la fille a pu s’enfuir mais… ils étaient trois et j’étais seul alors ils ont vite pris le dessus.

Un nouveau silence, court mais lourd. Orry reprit sa tasse, avala une gorgée de café et la reposa. Jane attendait, sans dire un mot. Le jeune homme avait besoin de temps, elle le lui laissait.

- Ils m’ont tabassé. Ils se sont acharnés sur moi, ils m’ont frappé tellement fort que j’ai eu une commotion cérébrale, des côtes et le poignet cassés. Puis ils m’ont laissé pour mort et sont partis… mais avant ils ont mis le feu au magasin.

Jane ne pu retenir un hoquet d’horreur. Orry lui prit de nouveau la main et la serra doucement avant d’entrelacer leurs doigts.

- Tu étais inconscient ? Demanda la jeune femme dans un murmure.

- Non… j’ai eu conscience de tout.

Orry fronça les sourcils aux souvenirs pénibles qui étaient en train de l'assaillir mais continua.

- J’avais tellement mal que je ne pouvais pas bouger et… je brûlais… je…

Jane se rapprocha de lui et posa sa tête contre son épaule. Sa main droite vint se faufiler sous la manche du jeune homme et elle caressa doucement les cicatrices.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant