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Tout le monde était réuni dans la grande salle commune, excepté les enfants. Il avait été demandé à ce qu’ils ne soient pas présents lors de ce rassemblement. Ils avaient alors pris possession des salles aménagées pour l’école, sous la surveillance des jumelles Garner, toutes deux volontaires.

Une quarantaine de personnes se trouvaient à présent devant Orry, Jane et Rob, arrivé in extremis et calmé. Jo ne s’était pas montré, devant certainement être resté aux côtés de Maggie.

Les yeux étaient écarquillés, les bouches entrouvertes, les visages reflétaient le choc. Un silence de mort avait envahi l’espace. Seuls les bruits des enfants, jouant dans les salles au fond du couloir, se faisaient entendre. Eux avaient encore le droit à l’insouciance.

Chacun attendait que l’autre réagisse, parle, se lève. Mais rien ne se passait.

Le choc était puissant. Trop pour cette communauté qui, malgré des moments de doute, vivait dans l’utopie depuis son arrivée.

C’est Damon Morris, le père de Gabe qui se fit entendre en premier. Il se leva et tous les regards convergèrent vers sa stature imposante, dont son fils avait hérité. Il prit son temps avant de parler, hésitant, ne sachant pas si ce qu’il allait dire allait être acceptable. Le doute présent sur son visage dénotait avec sa forte carrure.

- Vous pourriez nous emmener là bas ? Finit-il par lâcher.

Ce fut alors un brouhaha de voix qui lui répondit. Soudain, tout le monde avait quelque chose à dire. Certains s’indignaient, d’autres voulaient  également la preuve de ce que les jeunes gens avançaient, d’autres encore faisaient part de leurs craintes.

- Silence bon sang !

La voix de Rob calma tout le monde. Si d’apparence il était plus apaisé qu’à leur retour, son ton était, lui, furieux et agressif. Rob s’était levé lui aussi et faisait face à Damon, les sourcils froncés, les poings serrés.

- Tu ne nous crois pas ? Demanda-t-il entre ses dents.

- Si, je vous crois. Je veux juste évaluer l’étendue des dégâts… par moi-même.

- Par toi-même ?

- Oui. J’ai une grande confiance en toi et en ton frère mais vous êtes sous le choc et ça a pu… perturber votre vision des choses.

- Pardon ? Rétorqua Rob de nouveau, ses veines battants sur ses tempes.

- Calme toi Rob s’il te plaît.

Isabel se leva à son tour. Sa douceur naturelle était mêlée à quelque chose de plus sombre qu’on voyait rarement chez elle.

- Je suis d’accord avec Damon, reprit-elle. Nous avons besoin de voir de nos propres yeux et…

- Je ne veux pas que tu y ailles, la coupa Rob.

- Et depuis quand m’interdis-tu de faire ce dont j’ai envie ? Tu es sous le choc Rob. Tu as besoin de te calmer une bonne fois pour toute. Nous sommes tous dans le même bateau ici. Nous te croyons et nous ne minimisons pas ce que vous avez vu mais… nous voulons y aller. Nous verrons peut-être autre chose, qui pourrait nous donner des indications sur ce qu’il s’est passé.

Rob se rassit en soupirant. Il était vidé de toute force. Il appuya ses coudes sur ses genoux et se prit la tête dans les mains. L’homme costaud qu’il avait toujours été, était en train de s’effondrer, laissant tout le monde perplexe. Personne n’aurait imaginé le voir ainsi un jour.

- Faites ce que vous voulez, souffla-t-il sans que quiconque, excepté son frère, assis à ses côtés, ne puisse l’entendre.

Orry se racla la gorge et prit la parole à son tour.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant