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Le camion avançait à vitesse modérée sur les routes menant vers le sud de l’île. La aussi la végétation avait repris le contrôle et offrait un beau spectacle aux cinq amis, mais également des obstacles qu’il fallait éviter.

Les discussions allaient bon train, allant de la serre qui était enfin achevée à l’impatience de Maggie de recommencer à enseigner. Chacun donnait son avis sur tout et n’importe quoi et la bonne humeur était de mise.

Jane était assise à l’arrière du camion et regardait par la fenêtre en souriant aux bêtises de ses amis. S’il y avait bien une chose que leur aménagement avait apportée, c’était cette forme d’insouciance qui caractérisait à présent leur petit groupe. Même Orry et Rob se laissait aller doucement à cela, cette légèreté de l’esprit  qu’ils n’avaient pour ainsi dire, jamais connue. La jeune femme observait ses amis et ressentait ça, elle aussi. Elle souriait beaucoup, appréciait les blagues de ses comparses et apprenait même à en faire. Son rire était de plus en plus présent.

Et c’était si bon, après tout ce qu’elle avait vécu, de se laisser aller au bonheur.

Cette communauté était, pour l’instant, un havre de paix et de liberté. Et c’était infiniment précieux.

Après avoir traversé une zone quasi déserte ils arrivèrent dans une autre, résidentielle celle-ci. Ils roulèrent dans une longue rue toute droite, bordée par des maisons en tout aussi bon état que chez eux. Il y avait même encore des voitures garées devant les habitations. Le même malaise qui les avait envahi le jour de leur arrivée les assaillit de nouveau, et le silence s’installa progressivement dans l’habitacle du véhicule.

Rob arrêta le camion et les cinq jeunes gens en descendirent. La curiosité était plus forte et ils commencèrent à visiter les alentours, entrèrent dans certaines maisons, fouillèrent à droite et à gauche. Comme dans leur quartier, il n’y avait personne. Mais tout était intacte. Les maisons étaient encore chargées des souvenirs des vies de leurs habitants et ça leur glaçait le sang. La même question revenait encore une fois.

Qu’avait-il bien pu se passer ici pour que des familles entières quittent leurs logements, leurs vies, sans emporter un seul souvenir ?

Après avoir passé un certains temps à inspecter les lieux, Jo fit remarquer qu’il y avait des choses intéressantes à prendre ici pour continuer l’aménagement de leur communauté. Ils décidèrent de revenir un autre jour avec le deuxième camion pour pouvoir ramasser le plus de matériaux, meubles ou autres babioles qui pourraient leur servir et reprirent la route en direction d’une forêt qu’ils apercevaient un peu plus loin.

Ils continuèrent donc à longer les rues, dans un silence presque angoissant. Orry, assis à côté de son frère à l’avant, ne cessait de se retourner et de jeter des coups d’œil à Jane qui regardait par la fenêtre en serrant les dents, le visage fermé. Elle avait un mauvais pressentiment et ne souhaitait qu’une chose, rentrer chez eux et ne plus revenir ici.

- On devrait faire demi tour et rentrer, suggéra le jeune homme qui ressentait le stress de Jane.

- On est presque arrivé à la forêt, il y a peut-être des trucs intéressants, on fait un tour et on repart, répondit Rob, concentré sur sa conduite.

Il stationna le camion sur le bord de la route et tout le monde descendit une nouvelle fois. Le silence était ahurissant, il se dégageait de l’endroit quelque chose de pesant. Rien ne le différenciait des autres lieux qu’ils avaient visités sur l’île. Il y avait le même silence, la même végétation mais pourtant, tout était différent.

- Voilà, on a jeté un œil, on y va maintenant, déclara Orry fermement.

Le jeune homme éprouvait le besoin de partir le plus vite possible et en regardant Jane de nouveau il sut instantanément qu’elle aussi voulait être loin d’ici. Il se dirigea vers elle et lui souffla de retourner au camion ce qu’elle commença à faire mais ils furent interrompu par la voix de Jo.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant