Chapitre 5

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Les journalistes s'amassaient devant le bâtiment depuis des heures, patientant et lançant des informations en continu ; ils aimaient sentir le pouvoir entre leurs mains. Les autorités ne les arrêteraient pas, au contraire ; aucun périmètre de sécurité n'avait été délimité, ils pouvaient donc approcher autant qu'ils le souhaitaient. Le comte voulait montrer au monde ce que coûtait chaque rébellion ; il n'y aurait aucune indulgence à l'égard de ceux désignés comme des criminels, osant se dresser contre le pouvoir en place. Cela ne pouvait pas être évité. Le prince n'avait plus le contrôle ; du moins, plus suffisamment pour influer sur cette décision. Il se terrait à Paris, maintenant le silence, tout comme ses confrères. Son retour n'était pour l'instant pas programmé, et beaucoup pensaient qu'il ne reviendrait pas avant longtemps ; d'autres estimaient qu'il ne méritait plus son rang. En proie à la crainte et à la honte, le prince avait décidé de ne plus remettre les pieds dans les environs ; il reflétait l'échec du Conseil. Les comtes possédaient une totale liberté ; idem lors de désaccords avec les citoyens. La peine de mort n'était pas prohibée par la Loi commune, et la population avait signalé son mécontentement : elle désirait un jugement équitable. Et quand bien même Jonathan De Lacour aurait pu répondre favorablement à cette attente, il voulait faire un exemple marquant, à tort ou à raison.

Le prince, Jean-Louis Vallée, observait la tragédie depuis son bureau, à Paris. Muré dans le silence, il ne fit aucune remarque, aucune objection ; il se résigna à laisser le sort frapper. Personne ne devinait ses pensées sur le sujet, comme si, rompu, il cédait lentement sa place. À ses côtés se tenait son épouse ; elle respectait son mutisme et sa lassitude, bien qu'elle doutât du comportement à adopter en pareille circonstance. Il s'inclinait et abandonnait ; ce jour vit la fin du prince de Haute-Savoie. Il souhaitait que tout s'arrêtât enfin. Il vida un troisième verre de whisky avant de couper le son de la télévision.

— Il y a peut-être un... commença sa femme avant d'être interrompue.

— Le Conseil princier est perdu. Il faut se faire une raison. Ce n'est qu'une question de temps avant que la France ne se soulève, et c'est inévitable, désormais.

La pièce sombra de nouveau dans le silence. Le couple ne se regarda pas, chacun accusant le coup à sa façon. Jean-Louis avait pensé à destituer les comtes perturbateurs. Seulement, le conflit éclaterait en peu de temps avec frénésie ; cette décision ne serait jamais acceptée.

La France entière fixait les écrans des yeux, retenant son souffle, espérant un revirement soudain de situation. Les citoyens déploraient cette condamnation. Or, l'exécuteur obtenait l'appui de ses confrères. Un bon nombre de dirigeants départementaux soutenaient cette démarche, souhaitant que cela calmât les rebelles qui étendaient leur territoire de jour en jour ; provoquer la psychose et l'effroi était pour eux une arme redoutable. Malheureusement, ils oubliaient que le peuple avait cette capacité de se relever après chaque chute et de lutter derrière un meneur ; meneurs qui existaient déjà. En Haute-Savoie, De Lacour s'employait à faire sombrer la Résistance et traquait Maxence Larcher. Briser l'organisation et l'espoir : si un pion tombait, les autres suivraient tels des dominos, et ainsi de suite dans tout le pays. Une petite pierre pouvait déclencher des avalanches, toutefois une question subsistait : quelles en seraient les conséquences ?

L'atmosphère glaciale nouait l'estomac des personnes présentes aux exécutions. Installées derrière une large vitre, elles ne pouvaient retenir des exclamations d'horreur. Des fauteuils étaient positionnés en rang, les sangles ouvertes et prêtes à accueillir les condamnés. Deux employés de l'établissement terminaient le nettoyage du matériel et de la pièce, voulant que tout fût parfait et bien propre. Ce fut une vision rare et difficile à supporter. La curiosité malsaine des journalistes était balayée, et un lourd silence accompagnait les images retransmises en direct. Les mots « boucherie » et « abattoir » sortaient de certaines bouches dans un fin murmure que seul le voisin pouvait entendre. Les invités de marque exclusifs du comte approuvaient, mais l'un d'entre eux se sentait étranger à toute cette mascarade.

Skryta'lian : T1 - ExtinctionLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant