Chapitre I - Partie 5

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2 Septembre 2177 après le Déluge

Les glyphes pulsaient de plus en plus fort sous le crâne de Menviel. Leur forme dorée semblait à la fois mouvante et étrangement stable. Le jeune homme était recroquevillé sur les pavés froids de la place. Autour de lui, il ne voyait qu'un tourbillon d'ivoire et d'or. Le reste du monde semblait lointain et flou, de même que l'éclat du soleil était éclipsé par la brillance des flots précieux dansants aux alentours. La tornade merveilleuse s'éleva encore plus dans les cieux turquoise, emportant avec elle le hurlement strident. Un silence profond s'instaura. Le vent retenait son souffle, tout était figé, silencieux, pur.

Soudain, Menviel eut l'impression que des nuages descendaient vers lui. Il se rendit vite compte que ce n'étaient pas ce qu'il croyait. C'était des formes humaines vêtues de grandes toges tombantes. Il y avait exactement trois hommes et trois femmes. A leur diadème d'ivoire, Menviel reconnu en ces personnes de Grévyrs. Les Grévyrs étaient des légendes. Personne n'était sûr de leur existence mais il se racontait énormément de choses à leur sujet. On disait qu'il étaient les premiers habitants du monde, bénis de Vär-Gul, détenteurs d'un savoir infini. Prospères, sages et puissants.

Les Grévyrs se placèrent en cercle autour de Menviel et commencèrent à psalmodier en choeur :

"Toi qui accomplis le pèlerinage.
Toi qui voit le monde avec bonté.
Tu te dois d'écouter notre message.
Car il en va de ta destinée.

Décode l'héritage, trouve le Ménestrel
Enseigne son message, aux rois des trois contrées.
Réunis tous les purs, sous un hymne divin.
Unifie les terres d'Høst, pour affronter la Mâ."

*

Menviel reprit ses esprit dans la proche boutique d'un luthier. On lui avait aménagé un lit entre deux carcasses de contrebasse. L'artisan était penché sur le jeune homme avec un linge humide tandis qu'une foule de curieux se pressait à la porte. Il ouvrit les yeux lentement et demanda :

"Que s'est-il passé ?
- Vous vous êtes effondrés, répondit le luthier alors qu'un murmure parcourait les badauds, d'un coup, comme ça sans prévenir.
- Je n'ai fait de mal à personne, s'inquiéta Menviel, et est-ce que je vais bien ?
- Aucun problème mon gars. On a juste eu peur pour toi. Qu'est-ce qui t'es arrivé ?
- Oh je dois etre fatigué, mentit Menviel, j'ai fait de la route aujourd'hui.
-Ah si c'est que ça ! Par contre va falloir que tu te débrouilles pour disperser la foule parceque sinon t'es mal barré !
- Vous avez une idée de ce que je pourrais leur dire ?
- Bah... ça m'étonnerait que la vérité leur suffise... Mais p'tet qu'une chanson... T'es troubadour non, du moins t'en as la chapeau !
- En effet, se détendit Menviel, j'étais apprenti. Mais j'ai perdu mon instrument il y a quelques temps.
- Mais y a pas de souci garçon ! Regarde autour de toi ! Prends en un le temps de les faire partir !"

Tout en remerciant le marchand, Menviel se remit dur pieds, enfila son chapeau et sa besace. Il parcourut rapidement les étagères alentours et choisis une vielle en vieux chêne. Sans prêter attention aux questions qui lui parvenait, il s'assit face à la foule et accorda son instrument. Le son était clair et noble. Le jeune pèlerin se mit à chanter d'une voix de ténor :

"Depuis des temps anciens
Sur les terres des royaumes,
Voyagent des pèlerins,
En quête d'une aumône

Suivant les pas des Grévyrs,
Cherchant paix et vérité,
Ils arpentent les sentiers,
Et chantent selon votre désir.

S'ag'nouillant devant chaque stèle,
Ils accomplissent le rituel.
Une goutte de sang dans le bol,
Et se dévoilent les symboles.

Suivant les pas des Grévyrs,
Cherchant paix et vérité,
Ils arpentent les sentiers,
Et chantent selon votre désir.

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !