Chapitre 4

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La stupeur envahissait le quartier général de la Résistance. Nul ne saisissait cette alliance étrange, bien que le comte fût le genre d'homme à faire appel à des mercenaires. Il avait pourtant des sbires capables d'agir, mais il favorisait l'anonymat ; faire plonger l'opposition en soulevant le peuple contre les résistants faisait partie de son plan. Ces procédés créaient de l'agitation et de l'indignation ; il mentait à la population dans le but d'assouvir ses propres désirs. Seuls ses choix comptaient, et il se moquait éperdument des conséquences que tout cela pouvait engendrer. De Lacour menait tout le monde à la baguette, personne ne sachant sur quel pied danser. La Résistance monterait prochainement sur scène, devant le public ; la chute du comte se ferait aux yeux de tous. Le brouhaha régnait dans la pièce, chacun s'exclamait, répliquait, évoquait des idées d'actions sous le coup de la colère en réponse aux paroles mensongères de Jonathan De Lacour. Certains pensaient même qu'il était temps de révéler au monde l'existence de l'Ordre des Frères afin de disculper la Résistance. Seul Maxence ne disait rien ; personne n'avait remarqué son silence. Dès qu'il décida de prendre la parole, la foule se tut et se tourna vers lui. Son regard azur scruta les siens.

— Oublions l'Ordre des Frères.

Les mots surprirent tellement que personne ne rétorqua.

— Restons concentrés sur ce qui est important, sur notre but : renverser le pouvoir en place et faire en sorte que nos voisins nous suivent afin de changer les choses sur le plan national. Après des recherches sur l'Ordre des Frères, nous avons finalement certaines informations : des mercenaires, voilà ce qu'ils sont. Laissons-les agir, laissons le comte traiter avec eux.

Il stoppa rapidement les gens qui voulaient prendre la parole.

— Le comte nous pointe du doigt. Lawrence Delport a peut-être essayé de se rapprocher de nous, mais gardons en tête ce pour quoi nous luttons. Restons en retrait pendant un temps. Avec ces derniers événements, il est préférable de rester discret afin de mieux rebondir.

Maxence avait, à maintes reprises, rencontré le leader de l'Ordre des Frères – à la demande de ce dernier –, lors de brefs échanges pas toujours utiles. Il traitait de ceci et de cela, selon ses besoins et ses envies. Les deux chefs marchandaient des informations ; Lawrence Delport s'affranchissait d'une autorité supérieure, et agissait avec un minimum d'honneur. S'il se retournait contre ses « employeurs », l'Ordre des Frères perdrait sa crédibilité et n'obtiendrait plus aucun contrat. Le comte n'imposerait pas d'attaquer la Résistance, et inversement ; Maxence ne jugeait pas ce groupe comme étant un ennemi, pas tant qu'il négociait avec lui. L'engagement de Lawrence avec Jonathan De Lacour ne le concernait pas ; il n'était pas en mesure d'exiger quoi que ce fût contre le dirigeant, sous peine de perdre son accord avec Lawrence. Celui-ci avait été clair à ce sujet, ainsi qu'au fait que cette guerre ne le regardait pas : il signait, exécutait et empochait sa rétribution en nature ou en espèces. Son lien avec le comte ne compromettrait pas les objectifs de la Résistance, bien qu'il utilisât les méfaits de l'Ordre des Frères dans le but de nuire à Maxence. Ce dernier comprenait le doute de ses hommes, excepté qu'il ne pouvait pas se permettre d'agir n'importe comment et de déclencher des ennuis supplémentaires.

Seul Nathanaël pensait autrement ; il fréquentait l'Ordre des Frères depuis si longtemps qu'il s'inquiétait d'une telle manœuvre de sa part. Les intérêts de cette guilde dépassaient l'imaginaire du commun des mortels, et Lawrence avait moins de retenue que son prédécesseur. Il opérait désormais avec ardeur et brutalité, se cachant derrière un masque ; se présenter comme des mercenaires n'était qu'un leurre dans le but de préserver son secret et sa mission. Il usait de tous les moyens disponibles pour arriver à ses fins, et Nathanaël savait pertinemment que rien ne l'empêcherait de rompre le contrat et de trahir ses alliés. L'Ordre des Frères devenait dangereux pour le monde, et pas uniquement pour le peuple de Nathanaël.

Skryta'lian : T1 - ExtinctionWhere stories live. Discover now