Chapitre 18 - Partie 4 - Révélations

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« Adélaïde ? » demanda une voix féminine, derrière elle.

La médecin sursauta et rompit d'un coup la liaison, comme si elle avait été prise en faute. Perturbée, elle mit quelques secondes à se recomposer une expression trop aristocratique pour le contexte.

« Je te dérange ? Ça ne va pas ? » demanda Etzel, inquiète.

Adélaïde se tourna vers elle et fut frappée par la femme qu'elle découvrit. Elle n'avait pas eu l'occasion de la croiser depuis son arrivée. Son amie avait maigri de façon alarmante, sa stature avait perdu en assurance. C'était une personne souriante, pourtant son visage affichait une gravité inhabituelle. La médic' chassa sa question d'un geste de la main et demanda :

« Qu'est-ce qui ne va pas ?

— Est-ce qu'on peut discuter ? Au calme. Pas ici. »

Adélaïde hocha la tête et suivit la responsable de cellule jusqu'à un bureau. La pièce, aménagée de façon sommaire avec une simple table et des chaises, offrait toutefois la chaleur d'une large cheminée à l'âtre vif. Etzel referma la porte et, d'un geste de la main, confina l'espace d'un sortilège de discrétion. Adélaïde haussa un sourcil, mais s'abstint de tout commentaire.

« Comment ça avance, à la Capitale ? Est-ce que les fédéraux vont céder ? demanda immédiatement Etzel, à peine furent-elles assises.

— J'aimerais pouvoir te répondre que oui, mais je n'en sais rien. On y travaille, seulement Zerflighen reste intraitable. Tant que le centre de commandement lui sera favorable, cela n'ira pas dans notre sens. »

Le Commandant des Armées et tout le magistère du Président Zerflighen opposaient une résistance de tous les instants aux tractations pratiquées en sous-mains par la famille Cromwell. L'argent de leur lobbying intensif ne suffisait pas. Les attentats, de l'avis d'Adélaïde, opéraient l'effet inverse à celui escompté : braqué, l'ennemi s'obstinait et refusait toute négociation. Une impasse politique qui n'aboutirait à rien d'autre qu'une escalade de violence.

« S'ils ne cèdent pas... commença Etzel d'une voix blanche. Si on doit vraiment exécuter la dernière partie du plan... »

Elle se tue, indécise. Ses mains se serrèrent l'une contre l'autre, agitées d'une tension incontrôlée. Adélaïde attendit, surprise par la douleur de son expression.

« Si on en arrive là, une fois que tout sera terminé, j'aimerais que tu veilles sur Grimm.

— Que je veille sur Grimm ?

— Avec son bras, même dans l'Ordre on ne l'accepte pas. Fillip... Fillip m'a déjà demandé de le mettre sur la touche dès son premier faux pas. Là, il a laissé l'otage s'enfuir, mais je ne vais pas le virer.

— Fillip a quoi ? souffla Adélaïde en écarquillant les yeux. Après tout ce que Grimm a fait avec nous, Fillip veut... le remercier ? !

— C'est plus compliqué que ça, Adé. Sa prothèse met tout le monde mal à l'aise.

— Pas moi, coupa, très sèchement la médic', le regard noir.

— Moi non plus. Laisse-moi finir. Il met les gars mal à l'aise. Au point qu'ils en finissent par le haïr. Ici, il est bien traité, parce que j'y veille. C'est pour ça que je veux que tu prennes le relais, après l'opération. Ta famille a des contacts...

— Mais ta cellule existera toujours, même si on va au bout ! » s'agaça Adélaïde.

Etzel l'observa quelques secondes sans trouver quoi répondre.

« Qu'est ce que tu sais de l'opération que Fillip me fait préparer ? demanda-t-elle d'une voix douce, au terme d'un interminable silence.

— C'est la dernière et par conséquent, la pire.

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