Chapitre 18 - Partie 3 - Révélations

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La médic' opérait depuis maintenant trois heures. Adélaïde était penchée, voutée même, au-dessus du petit corps de sa patiente. Une main pour soutenir son propre poids, appuyée sur le chevet, l'autre à quelques centimètres du torse nu de l'humaine.

S'il avait suffi de descendre la pente plus ou moins en ligne droite pour découvrir Grimm, inconscient dans la neige, la fillette, elle, s'était volatilisée. Le vent qui soufflait sans discontinu dans la vallée avait effacé ses empreintes en quelques instants.

Adélaïde, appelée en urgence, avait déjà passé la nuit au chevet du mécamage. De son point de vue de médic', la dégringolade à flanc de montagne ne lui avait laissé que des blessures très superficielles. Ses côtes guérissaient vite et, au matin, il ne lui restait plus que de fines cicatrices rouges à la place des nombreuses plaies qui avaient déchiré sa peau. Dans quelques heures il n'y aurait plus rien.

L'état de l'enfant, en revanche, la préoccupait. Après avoir passé des heures à la chercher, ils l'avaient découverte au fond d'une crevasse, dissimulée par une petite congère. La gamine était restée là des heures, transie de froid, brûlée par la neige.

Adélaïde avait dû aider sa respiration durant toute la première partie de son intervention, tant son organisme avait été affaibli par sa nuit à l'extérieur. La sorcière était formée aux soins des êtres magiques. Agir sur un corps qui en était dénué était une expérience nouvelle, très étrange, et qui lui demandait bien plus d'énergie qu'un cas classique.

« Comment est-ce qu'elle va ? » s'enquit Grimm, sur le pas de la porte.

Au ton de sa voix, Adélaïde sut qu'il y avait une vraie sollicitude dans cette question. L'homme s'était attaché à cette petite. C'était surprenant : ca n'était qu'une humaine.

« Hors de danger », répondit la femme en se redressant.

Elle se tourna vers lui et lui sourit :

« Et toi, comment tu te remets ?

— Bien. Tu fais des merveilles.

— Je n'ai pas pu reconnecter ton bras... » s'excusa-t-elle avec un froncement de nez.

Son épaule se terminait de façon incongrue par un moignon qui rendait toute sa silhouette bancale. Son mécartifice était hors d'usage et le métal glacial avait brûlé la peau du sorcier sur plusieurs centimètres. Impossible, pour l'instant, de réenclencher les liaisons nerveuses avec la prothèse. Il fallait, de toute façon, la faire réviser et toute bonne médecin qu'elle était, Adélaïde n'était pas mécartificienne.

Grimm lui sourit en réponse, puis se rapprocha du lit. Ses yeux glissèrent sur le corps qui y était étendu et il fronça les sourcils :

« Ses doigts...

— Ouais... Nécrosés. J'ai dû les dissocier », souffla la médic' avec une grimace.

Même hors de danger, l'enfant ne sortirait pas indemne de sa tentative d'évasion. Elle n'était pas habillée pour supporter le froid. Ses mains, nues, avaient été en contact direct avec la glace, un long moment, tout comme son visage.

Adélaïde n'avait pas pour habitude de laisser un patient à moitié soigné, mais elle n'avait pu sauver ses phalanges littéralement gelées. Elle avait été contrainte de retirer l'auriculaire et l'annulaire de sa main gauche.

« Et son visage ?

— Je ne pourrais pas faire mieux... » répondit Adélaïde, à nouveau désolée.

La petite garderait des cicatrices des brûlures sur les avant-bras, mais aussi sa gorge et le bas de son visage. Pour l'instant, la peau était encore rougie, mais les marques s'estomperaient rapidement, sans vraiment disparaître.

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