Chapitre 18 - Partie 1 - Révélations

186 27 27

La neige crissait sous la foulée légère de l'Once. Loin des montagnes où la petite Faï s'était enfoncée dans l'hiver, Alix dévalait les pentes douces d'un massif baigné par les toutes dernières lumières du jour. Les pâles couleurs du crépuscule jetaient leurs ombres pastelles sur le paysage vallonné, entrelacs de blanc immaculé et de gris bosquets de conifères.

Le grand félin s'immobilisa en haut d'un promontoire rocheux et glissa son regard d'ambre sur les contreforts. L'endroit offrait une vue dégagée sur son lieu de rendez-vous. Elle poussa un soupir qui se dissipa en volutes de vapeur dans l'air vif, puis s'allongea sur la pierre et posa sa tête sur ses pattes croisées.

Elle se demandait encore si elle ne commettait pas une grave erreur. Son corps peinait à se remettre des doses de radiation tout à fait anormales qu'il avait reçues quelques jours plus tôt. Elle n'escomptait pas une rémission complète avant un mois, pourtant elle ne pouvait attendre ce délai pour répondre à la sollicitation du vampire.

Il l'avait prévenue, sur le Panatlantique : elle ne devait pas négliger son invitation. Au moins lui avait-il laissé la possibilité de choisir le lieu de rencontre. Une montagne, peu éloignée de Stuttgart, peu habitée, propice à l'installation rapide d'un enchantement de confinement... Alix avait naturellement établi les Vosges comme terrain de jeu.

Elle s'était accordée la journée pour préparer la zone, à son rythme, sans forcer – elle n'en avait pas les moyens, de toute façon. Déjà dédoublée pour ne pas s'absenter du Magistère, elle limitait ses dépenses magiques au maximum. Tout excès lui coûtait cher : une crise de tétanie, suivie d'une interminable période de spasmes, symptômes d'un corps sorcier en lutte contre les radiations.

C'était Naola qui lui avait apporté le message de l'Informateur ; elle qui l'avait convaincue de l'urgence d'accepter, malgré son état ; elle qui avait communiqué le lieu de rendez-vous au vampire. Si elle n'avait arboré une gueule aux longues dents, l'Once aurait souri. La jeune sorcière, à nouveau, avait manifesté son agacement à l'idée de leur servir d'intermédiaire. Pourtant, elle gérait plutôt bien leurs entremises.

Alix ne s'attendait cependant pas à la voir prendre part active à l'échange, aussi son apparition au beau milieu de la plaine enneigée la prit au dépourvu, puis provoqua sa colère. Cette arrivée impromptue au cœur de la zone de rendez-vous en avait déclenché le confinement. Naola et l'Once étaient seules à dix kilomètres à la ronde et rien ni personne ne pouvait entrer ou sortir, hormis Alix elle-même.

Le grand félin s'élança depuis son rocher. Elle dévala la pente en longues foulées parsemées de grognements, démonstration de son vif agacement.

À quelques mètres de la jeune femme, Alix se fondit dans l'apparence qu'elle comptait présenter au vampire : un homme au torse large et aux cheveux tressés.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Où est-il ? attaqua-t-elle.

— Il faut croire qu'il m'a envoyée en repérage », maugréa la Naola.

Les mains dans les poches de son pantalon, les épaules carrées et la mine fermée, elle soutint le regard de l'Once. Sa cape chaude battait sous la brise et laissait des sillons dans la poudreuse fraîche.

« C'était vraiment nécessaire ? répliqua Alix, sèchement. Réarmer le dispositif de sécurité me coûte trop de magie ! »

Elle chercha dans un pli de son épaisse cape de laine noire et en tira une bille d'Iris : un accélérateur.

« Et, bordel, Naola ! reprit-elle sur le même ton. Tu es en danger, ici, entre Mordret et moi. Je ne tiens pas à te voir rester ici ! »

L'intéressée écarta les bras en signe d'impuissance.

Les traitresLisez cette histoire GRATUITEMENT !