j'ai passé l'âge de vivre à ta manière

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Titre extrait de Cache-cache de Columbine

Je me tourne pour la seconde fois dans mon lit quand tu daignes enfin à venir. J'entends tes pas sur le sol et le matelas s'affaisser dans mon dos. Ta chaleur réchauffe mon corps pourtant brûlant sous les draps. Ton souffle agite mes cheveux lâchés. Tu m'as un jour confié les préférer ainsi. Ce jour-là, tu avais mis mon élastique à ton poignet et tu me regardais avec de grands yeux brillants. Tu m'avais confié te sentir privilégié de pouvoir m'admirer ainsi. Admirer c'était le mot que tu avais utilisé.

Ton bras est passé par dessus ma taille. Il m'enlace doucement. Habillée seulement d'un de tes t-shirt que tu as oublié la dernière fois qiebtu es venu et d'un shorty, j'ai tout de même chaud dans cette nuit estivale. Tu me chuchotes à l'oreille, ta voix créant des frissons dans mon cou :

- Viens, cette nuit on découvre la vie.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- On est encore jeunes ma belle. Viens cette nuit on vit vraiment, on fait tout ce qui nous effraie. On vit nos peurs et nos espoirs. Cette nuit, on se crée des souvenirs pour la vie.

- D'accord.

Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté mais je l'ai fait. Tu m'as souri. Du moins, j'ai supposé qu'un sourire est né sur tes lèvres que je rêvais d'embrasser. D'ailleurs, je ne l'ai toujours pas fait depuis que tu es arrivé. Je me suis retournée et je t'ai embrassé.

Cela faisait une semaine qu'on ne s'était pas vus. Une semaine ce n'est pas beaucoup en vrai. Mais pour moi ça l'est. Être enfermée entre ses quatre murs, seule, fait paraître le temps affreusement long. Tu as du être pris par ton travail, c'est sûrement pour cela que tu n'étais pas là. Tu ne m'as pas expliqué ton absence.

Tu te lèves. Tu me tends ta main et m'aides à me lever. Tu observes mon corps sous les rayons de la lune. Tu soupires douloureusement et je sais parfaitement à quoi tu penses. J'aimerais m'excuser. Mais je n'y suis pour rien. Tu me serres contre ton torse avant de doucement murmurer.

- T'es si belle.

Bizarrement, quand c'est toi qui le dis, j'y crois. J'oublie quelques instants mon corps trop maigre, trop frêle. J'oublie quelques instants les bleus qui parsèment ma peau trop blanche. J'oublie.

- Toi tu l'es tellement plus.

Tu secoues la tête avant me prendre fermement la main. Tu m'entraînes jusqu'à l'armoire de la chambre et tu me tends un jeans. Je retire mon shorty et enfile le slim sous ton regard brillant. Je rougis, comme toujours, surprise de te faire cet effet-là. Tu passes ta langue sur tes lèvres avant de me tendre un gilet qui t'appartient. Tu me le mets. Les manches sont vraiment trop larges et il tombe mollement sur mes épaules fragiles. Tu me laisses enfiler mes sandalettes et nous quittons ma chambre main dans la main.

Quitter l'hôpital s'avère plus difficile que nous le pensions. Les infirmières et infirmiers sont partout, se relayant pour la nuit. Ils inspectent les couloirs et nous jouons à les éviter. Nous courrons pratiquement jusqu'à l'ascenseur. Une fois dedans nous ne pouvons retenir nos rires. Je peine un peu à respirer mais, pour la première fois depuis si longtemps, je suis bien.

Tu m'emmènes dehors. Ta moto est garée devant l'hôpital. Tu me passes un casque et tu glisses ta tête dans le tien. Tu chevauches ton engin et je fais de même, m'agrippant fermement à toi. Mes doigts serrent ton t-shirt. La nuit nous enveloppe, nous faisant paraître si mystérieux, si invisibles aux yeux du monde. Tu démarres. Je m'accroche encore plus, quasiment plaquée contre toi. J'inspire ton parfum et celui de ta peau. Je me délecte d'eux alors que tu avances.

La ville défile. Les feux tricolores ne sont que des points colorés. Les lampadaires et les lumières des maisons ne sont que du jaunes dans la nuit. J'ai peur en moto. Je me colle plus contre ton dos. Tu ris. Tu accélères soudainement. Je pousse un cri. Tu ris plus fort. Tu frôles les autres véhicules. Je vois parfois le visage des conducteurs. Leurs yeux choqués tandis que tu les dépasses. Alors, je te rejoins dans tes rires.

- Lâche moi ma belle et lève toi.

- Quoi ?

- Tu m'as parfaitement entendu. Fais le !

Pendant quelques minutes je ne réagis pas. Je ne peux pas faire ça. Mais n'as-tu pas dit que ce soir était la nuit des peurs ? Alors je desserre ma prise sur ton corps. Je finis par te lâcher et je me redresse lentement. Sur l'autoroute, je me tiens là, debout sur ta moto, en équilibre seulement grâce à mes mains sur tes épaules. Le vent s'engouffre dans ton gilet ouvert. Je me sens légère, légère et libre. Je me sens affreusement bien. Je ris.

J'éclate d'un rire qui me rend vivante. Sous les étoiles et sous la lune, je vis. Je fais quelque chose d'interdit et j'aime étrangement cela. Pour la première fois en vingt ans, je me sens vraiment vivre. L'adrénaline qui coule sous ma peau, en moi. Elle pulse dans mes veines et résonne dans mon cœur. Je me sens si bien. Un mélange malsain entre l'euphorie et l'adrénaline.

Tu accélères encore plus. Mes doigts accrochent tes épaules plus fortement. Je les tiens férocement alors que tu files sur l'autoroute. Je ne me rassieds qu'au bout d'une quinzaine de minutes, quand tu prends la sortie qui mène vers nos rêves.

Tu t'arrêtes devant le champ. Tu descends et te retourne pour me prendre par les hanches et m'attirer à toi. Pour ce qui me semble la millième fois cette nuit, je ris. Et tu fais pareil tandis que mes jambes s'enroulent autour de toi. Je ne peux retenir un petit cri quand tu me serres trop fort et aussitôt tu desserres ta prise en t'excusant.

J'écrase subitement ma bouche sur la tienne. Ma langue danse avec ta langue. Je me sens vivre contre toi, m'accrochant toujours plus à toi. Tu te retires doucement et tu me souris. Ton sourire est si beau, éteincelant dans la nuit. Tu me prends ensuite la main quand tu m'as reposée sur l'herbe. Je sens sa fraîcheur sur mes pieds nus dans mes chaussures.

On s'avance jusqu'au bout. On passe sous les arbres, les yeux levés vers les étoiles et juste ma main dans ta main. Ta grande main qui contraste tellement avec la taille de la mienne. Ma main si froide, si maigre, que tu tiens toujours précautionneusement. Tu t'arrêtes soudainement.

- Fais un vœu ma belle, il y a une étoile filante !

Je fixe le ciel, serre tes doigts entre les miens et ferme les paupières. Je les ferme de toutes mes forces, espérant vraiment que mon vœu se réalise. J'aimerai tellement qu'il se réalise. J'y crois tellement que je sens mes larmes couler silencieusement le long de mes joues creuses. Ta main quitte la mienne et tu m'attires vers toi. Tu me colles à ton torse et je respire ton odeur.

- Pleures pas mon ange. J'ai confiance en toi, okay ? Tu vas y arriver, tu guériras de cette putain maladie. Tu t'es tellement battue. Tout n'es pas fini, tu réussiras à la vaincre totalement, pas vrai ma belle ?

Je ne peux que hocher la tête pour te répondre. Ton gilet sent ton odeur et je m'en imprégne pour essayer de me calmer. Tu traces des larges cercles dans mon dos. Tu me rassures avec tes mots. Comme toujours. Y a que toi qui réussis à faire ça. Bordel.

Tu m'embrasses. Tu m'embrasses sous les étoiles filantes. Tu me fais me sentir bien, vivante. Tes larmes se mêlent aux miennes et c'est à cet instant que je réalise que tu pleures aussi. Je fais la seule chose dont je me sens capable. Je prends ta nuque et te fais encore plus fondre contre mes lèvres. Notre baiser au goût salé, au goût d'espoir aussi et un peu au goût d'étoiles. Tes baisers si légers. Je fonds pour toi, contre toi, avec toi. Tu me soutiens et j'essaie de faire de même.

- Un jour je guérirai, je te le promets. Un jour tu ne viendras plus me trouver dans un lit d'hôpital pour qu'on parte en excursion la nuit. Un jour, je n'aurai plus cette odeur nauséabonde collée à la peau. Un jour, je te le promets, nous vivrons vraiment toi et moi. Mais pour le moment, je ne peux que t'offrir aujourd'hui. Je ne peux que t'offrir cette nuit. Alors cette nuit durera toujours. Cette nuit, fais moi vivre. Aime moi, embrasse moi, fais moi rêver. Cette nuit est notre vie.

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