Chapitre 8

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Merci à la Closerie des Lilas pour m'avoir autorisé à citer le nom de leur établissement et à avoir autorisé que l'action s'y déroule :)

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Jeudi 15 juin 2017


Maël


Il faisait un peu plus frais que les autres jours lorsque je quittai l'appartement pour aller m'entraîner un peu en vue de mon entretien. C'était agréable. Je pris le temps de m'offrir aux quelques courants d'air qui passaient dans ma chevelure pour calmer la nervosité qui m'habitait. Nath' m'avait obtenu un rendez-vous mais rien n'était encore joué. Il fallait que je me montre convaincant. Je fondais beaucoup d'espoir sur cet entretien. Je ne voulais pas passer à côté de cette chance.

En me préparant pour partir, j'avais pris soin de songer aux réponses que j'allais pouvoir fournir lors de la discussion avec le patron. Il ne me restait qu'un détail à régler : savoir quelle musique jouer pour le convaincre de mes talents.

Je profitai du trajet vers la gare pour repenser à la conversation que j'avais eu avec Nath' la veille au soir. Il m'avait raconté que la Closerie des Lilas était un lieu historique et culturel. Il m'avait surtout cité tout un tas de grands noms. Parmi ceux-là, j'en avais retenu un et cela m'avait donné une idée sur mon éventuelle sélection. Je voulais toutefois m'assurer que j'étais capable d'interpréter le morceau avant de tout miser dessus.

C'était dans ce but, et aussi pour m'échauffer, que je voulais passer caresser un peu le piano de Montparnasse avant de me rendre au bar-restaurant en question. Par chance, il était disponible lorsque j'arrivai.

Je ne mis pas de temps à me poser et à échauffer mes mains. Quand ce fut fait, je me positionnai au-dessus du clavier puis me lançai à l'eau, prêt à éveiller la gare et les badauds sur un air de Mistral gagnant de Renaud.

Les notes jaillirent presque naturellement de mes doigts. La partition que j'avais relue rapidement, au lever, était bien imprimée dans mon esprit. Mon oreille prenait la suite quand il m'arrivait d'avoir un trou. Ainsi, je n'avais aucune chance de me tromper. D'autant que les paroles, que je connaissais par cœur, me rappelaient le ton et le rythme que je ne devais pas trahir. Elles me guidaient ; m'emportaient avec elles.

Autour de moi, je vis une jeune femme se mettre à entonner le premier couplet. Sa voix était belle, mélodieuse, mais se tut rapidement lorsque son copain vint la chercher, un peu brusquement, pour lui dire qu'ils allaient manquer le train si elle traînait. En face, dans l'espace d'attente, un petit garçon agitait les pieds dans le vide, assis sur son siège, en écoutant ma prestation. Non loin de lui, une femme d'un certain âge – que j'imaginais parfaitement nourrir les pigeons sur l'une des nombreuses places parisiennes – me regarda en souriant avec nostalgie. Sur ma gauche, un adolescent plongé dans l'écoute de son portable, ôta un écouteur pour s'abandonner à suivre ma reprise plutôt que le fichier MP3 dont il devait s'assourdir les tympans.

Je me sentis flatté de l'intérêt qu'on me portait. Je songeai à celui que j'aurais si je pouvais me produire à la Closerie des Lilas où les gens viendraient justement pour profiter d'une ambiance dans leurs goûts. À cet instant, le monde cessa de me déranger. En fait, pour une fois, j'y trouvais ma place et mon importance. Les gens aux alentours ne furent plus des anonymes dont je me fichais. Au contraire, je m'éveillai lentement mais sûrement à cette notion de partage à laquelle la musique aurait dû me pousser naturellement. Et dans cette constatation, je n'eus plus le sentiment d'être seul, même si cela ne dura que le temps d'une chanson.

À fleur de peau (M/M - Boy's Love)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !