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Orry n’avait pratiquement pas dormi de la nuit, partagé entre un sentiment de lassitude extrême et une fébrilité qu’il n’avait pas réussi à contrôler. Il s’était tourné un long moment dans ce  lit d’hôpital inconfortable et trop petit pour lui, des idées plein la tête, le ventre serré par le doute. Il avait fini par se lever, était descendu au rez-de-chaussée et, après avoir inspecté les lieux une nouvelle fois, avait pris ses quartiers dans ce qui ressemblait à une ancienne pièce commune, un réfectoire ou une salle de pause pour les personnes ayant travaillé ici, il y a longtemps.

Il s’était afféré une grande partie de la nuit à y faire le ménage, à tout nettoyer afin de transformer les lieux en un endroit où tout le monde pourrait se réunir et où les repas pourraient être partagés. Il avait vérifié la solidité des tables et des chaises encore présentes, avait inspecté les éléments de cuisine et s’était aperçue que, sans électricité, rien ne pourrait fonctionner. Il était alors allé chercher les bombonnes de gaz qu’ils avaient apportées et avait relié le tout à un réchaud, provenant également de leurs propres affaires.

Il pourrait ainsi commencer par faire du café. Il en avait grand besoin.

Alors que l’eau chauffait, Orry se laissa tomber sur une chaise et soupira profondément. Cette journée allait être dure, mais il avait en même temps hâte de la vivre. Tant de choses devaient être mises en place que ça le mettait en ébullition. Il se leva d’un seul coup et commença à faire les cents pas, pressé de voir les autres se réveiller pour pouvoir commencer l’installation.

- Eh bien, jeune homme, tu m’as l’air bien énervé.

La voix d’Anton, s’éleva dans le vieux réfectoire faisant sursauter Orry. Le vieil homme se mit à rire et avança vers le garçon qu’il venait de surprendre, il serra son épaule d’un geste paternel et se dirigea vers le réchaud.

- Oh, tu prépares du café, c’est une très bonne idée. Mais tu me sembles suffisamment agité comme ça non ?

- Je n’ai presque pas dormi de la nuit, dit Orry en riant. Je vais en avoir besoin pour tenir le coup aujourd’hui. Et, ce café n’est pas que pour moi.

- Tu es du genre à prendre les choses en mains, et à t’occuper des autres. J’aime bien ça, répondit Anton en souriant. Je crois que tout le monde aime ça d’ailleurs. Tu es le pilier de cette nouvelle communauté.

- Je ne veux pas de ce rôle, je ne suis pas plus important que beaucoup d’autres.

- Tout le monde a besoin d’un meneur, de quelqu’un pour prendre les rênes. Tu es le mieux placé pour cela. Mais tu n’es pas seul, ton frère est là et tu as des amis qui te soutiennent. Il ne faut pas que tu aies peur.

- Je suis mort de trouille pourtant, et terriblement impatient.

- Ce sont des sentiments sains. Etre trop confiant n’est pas bon. Laisse toi porter mon garçon, ça ira.

Orry sourit doucement à l’homme en face de lui, il remplit deux gobelets de café et lui en tendit un. Ils restèrent silencieux à siroter leur boisson chaude. Tout avait été dit et malgré la peur toujours présente, Orry se sentait mieux.

Anton avait toujours fait partie du paysage du jeune homme. Il vivait dans le Queens depuis toujours et avait connu une époque meilleure. Celle que ses grands-parents avaient aimée lui raconter. Il avait toujours eu chez lui des tas de gadgets électroniques du début du siècle, et Orry se souvenait qu’il passait des soirées entières à les démonter et les remonter ensuite, juste pour en montrer le fonctionnement aux plus jeunes. Toutes les cibis installées dans les véhicules avec lesquels ils étaient venus ici, venaient de chez lui.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant