16

78 18 47


Le reste du trajet se fit en silence. La distance, abolie le temps de quelques heures, reprenait ses droits. Tout ne pouvait pas s’arranger aussi facilement. La voiture avança doucement sur les routes désertées de l’île et à la grande surprise de Jane, le  paysage n’était pas totalement détruit. Elle laissa ses yeux se gorger du spectacle que la nature, ayant repris le contrôle sur les constructions humaines, lui offrait et se sentit très vite à sa place dans cet endroit.

Lorsqu’ils arrivèrent devant le vieil hôpital abandonné, la jeune femme descendit du véhicule et avança en direction du bâtiment. Elle resta silencieuse devant cette grande bâtisse de briques rouges, presque entièrement recouverte de lierre. La végétation avait ici repris le pas sur tout le reste, s’était lentement installée, comme aux premières heures de l’humanité, sur tout ce que l’Homme avait créé, dans sa folie de colonisation et de supériorité.

Jane était époustouflée par le spectacle de toute cette verdure, des plantes qu’elle ne connaissait même pas, que très peu de monde n’avait jamais vu, les quartiers de New York encore habités étant marqués par la noirceur des usines et du travail industriel.

- Je croyais que Staten Island avait été rasé, comme le Bronx, murmura-t-elle pour elle-même.

- Pas cette partie là, répondit Orry qui s’était avancé à ses côtés. Au nord il n’y a plus rien mais ici, il y a encore des bâtiments, des maisons… et de la verdure.

- Vous ne nous aviez pas dit, ajouta Isabel, dont la voix semblait bouleversée.

- Surprise, lança alors Rob en l’enlaçant.

Isabel éclata de rire et prit la main de son mari pour avancer vers le bâtiment où s’affairait toute la troupe formée par leurs voisins et amis. Hanet, qui tenait Tom, endormi, dans ses bras, les suivit le sourire aux lèvres.

- Nous avons commencé à nous installer dans ce bâtiment, pour passer la nuit, lança Josef en s’approchant de Jane et Orry. Demain nous verrons à inspecter les lieux aux  alentours pour voir si les maisons sont habitables.

- Tout est sécurisé ici ? demanda Orry.

- Oui, il n’y a ni eau ni électricité mais avec les bougies et des lampes à huile que nous avons apportées, on a de quoi faire. Par contre il faudra  enlever toute cette végétation, ça pèse sur le bâtiment et ça le fragilise.

- On est obligé de faire ça ? demanda Jane.

- Malheureusement oui, répondit Josef. Crois moi, j’aimerais laisser ça ainsi mais c’est dangereux pour nous.

- C’est nous qui sommes dangereux pour tout ça je dirais, rétorqua la jeune femme.

Elle avança en direction du bâtiment, laissant les deux hommes derrière elle, et entra à l’intérieur, curieuse de voir où elle allait vivre désormais, en tout cas pour quelques temps. Elle ne savait pas si elle allait s’installer avec les Horner ou seule. Ou alors si elle allait rejoindre le petit groupe d’amis qui envisageait de trouver une maison pour vivre ensemble. Maggie et Josef avaient en effet lancé cette idée, Gabe s’était joint à eux et Jane envisageait de les suivre. Mais elle avait du mal à imaginer quitter la famille qui l’avait recueillie. Elle ne voulait pas se montrer ingrate, mais vivre aux côtés d’Orry lui pesait, elle vivait mal la situation et savait que le jeune homme souffrait, lui aussi.

Elle avança dans le long couloir de l’hôpital et y retrouva très vite Maggie, un panier plein de bougies au bras.

- on n'y voit rien ici, lui dit-elle avec le sourire, il n’y a pas d’électricité et la végétation recouvre les fenêtres. On se croirait presque dans une de ces histoires horrifiques que je lis parfois.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant