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La voiture roulait doucement, trop doucement au goût de Jane, qui laissait son regard fixé sur l’extérieur, par la vitre ouverte. Elle refusait de regarder autre chose que l’asphalte défoncé de la Belt-Parkway qui se déroulait mètres après mètres, avec une lenteur telle, qu’elle était certaine d’aller plus vite à pied.

Ses cheveux bruns avaient considérablement poussé depuis qu’elle était arrivée dans la famille Horner, elle avait également repris du poids, se tenait plus droite, avait gagné en assurance, même si elle n’en manquait déjà pas. Mais il restait une fêlure en elle, quelque chose s’était cassé il y maintenant quelques mois, et ne se réparait pas.

Son cœur était toujours meurtri. Il avait été profondément blessé, marqué par les actes des hommes. Jane n’était pas faite pour vivre dans cette violence, dans la difficulté de la vie, de son siècle. Sa dernière blessure avait été celle de trop. Depuis ce soir là, son comportement avec les deux frères avait changé. Elle refusait de rester seule avec l’un d’entre eux, sa méfiance était revenue, à l’image des premiers jours qu’elle avait passé chez eux. Plus jamais elle n’était revenue dans la chambre d’Orry, et plus jamais elle ne l’avait laissé entrer dans la sienne.

Cela avait duré des semaines. Et ces semaines s’étaient transformées en mois.

Tout le monde avait eu connaissance de ce qu’il s’était passé. Il y avait eu des cris, des disputes, des conversations plus calmes. Puis la vie avait repris, différemment.

Mais le lien entre Jane et Orry s’était rompu.

Il s’était rompu malgré les bras du jeune homme autour de sa compagne. Il s’était rompu malgré ses mots, qu’il voulait rassurants, malgré son cœur qui tambourinait, malgré sa peur de perdre celle avec qui il voulait construire son avenir. Le lien s’était rompu. Chaque cellule de Jane s’était gorgée d’insécurité, d’effroi, de déception. Orry avait ressenti tout ça. Alors que le camion avançait dans les rues du Queens, pour les ramener chez eux, il avait senti la jeune femme lui échapper. Il avait senti leur lien se briser. Il s’était effiloché, et avait été emporté par les larmes, les sanglots, les tremblements, les poings serrés cognant contre son torse.

Il avait eu conscience de tout cela. Il en avait souffert. Plus que quiconque ne l’aurait imaginé. Puis, lorsque le camion s’était immobilisé il avait laissé sa compagne sortir de son étreinte. Il l’avait laissée s’enfuir, s’éloigner de lui, pour ne plus revenir. Il était resté dans le véhicule un long moment, sachant qu’on prenait soin de Jane dans la maison, attendant juste d’avoir le courage de rentrer à son tour. C’est Hanet qui était venue le chercher.

Elle fut la seule à voir ses larmes et son regard désemparé.

Après une période difficile, le quotidien les avait à nouveau englobés. Chacun avait repris ses activités, tout, en apparence était revenu à la normale.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant