16.2. Never forget

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— Tu vas porter quoi ?

— N'importe quoi. C'est pas comme si j'allais en rendez-vous, répondis-je simplement.

Les deux se regardent, choquées, légèrement dégoûtées.

— T'es sérieuse ?

Je lève les yeux au ciel tandis que Laurel fait semblant de pleurer.

— Tu vas me tuer, marmonne-t-elle.

— C'est vous qui en faites trop pour rien !

Prenant les choses en main, Isabelle saisit mon bras et me traîne à l'étage, sans même prêter attention à mes protestations. Sa démarche est si déterminée que je finis par abdiquer en râlant. En moins de deux, je suis balancée dans sa chambre, sur son lit, tandis que Laurel ferme la porte sur nous après nous avoir rejoint, une expression totalement sérieuse peinte sur ses traits.

— OK, on a une heure pour la relooker.

— Je cherche les fringues.

— Je prépare le fer à lisser.

— Go.

— Eh oh ! Je suis là, hein ? m'écrié-je en me laissant tomber sur les draps immaculés.

À l'image de la propriétaire de la chambre, la pièce est propre, rangée, organisée et sobre. Les murs sont d'un blanc crème et dénués de toute affiche. Quelques cadres à l'effigie de paysages simples pour décoration sont accrochés et des tapis gris à longs poils couvrent le plancher flottant brun pâle.

Debout devant sa coiffeuse noire, Isa se tourne vers moi après avoir attaché ses longs cheveux noirs.

— Justement, tu vas venir avec moi pour fouiller la chambre de Jacobs. Il doit avoir un deuxième maillot d'équipe quelque part.

Je déglutis à l'idée de pénétrer dans l'intimité de Liam.

Ne me laissant pas réfléchir davantage, elle enroule son bras autour du mien, délicatement et m'entraîne dans le couloir avant de s'arrêter devant une porte fermée avec un J doré encastré dans le battant. Mon cœur se met à battre à tout rompre lorsque la main d'Isabelle se pose sur la poignée et la tourne.

À peine la porte est-elle ouverte qu'un doux parfum d'amande me chatouille les narines. Son odeur est partout.

Tandis qu'Isabelle s'élance sans attendre dans la pièce masculine sous tous ses aspects, j'avance d'un pas hésitant. Mes pieds nus se perdent dans l'immense tapis au centre de la pièce de la même sorte que ceux dans la chambre d'Isa. Un lit énorme aux draps noirs défaits au centre duquel un ordinateur personnel est négligemment jeté occupe une grande partie de l'espace.

Une envie pressante et toute bête de me blottir sous la courtepointe et respirer son odeur épicée comme je le faisais enfant me saisit. Mais Isabelle et là et il pourrait rentrer d'une seconde à l'autre. Et, en soi, c'est mal. Malgré tout, mes doigts fourmillent d'envie et je les plaque sur mes cuisses pour réfréner mon désir. Rougissante, je balaye du regard le reste de la chambre.

Un bureau sur lequel sont empilés des livres ainsi que des manuels et des feuilles éparses trône à droite du lit. De l'autre côté, il y a un petit dressing dans lequel Isabelle fouille.

— Il a plus de chaussures que moi, putain, grogne-t-elle.

— Il aime collectionner les souliers, murmuré-je, inconsciemment.

Isabelle cesse alors brusquement ses recherches et sa tête surgit à l'extérieur du dressing, quelques secondes.

— Comment le sais-tu ?

Un peu paniquée, je force ma voix à rester ferme et m'assois sur le lit pour empêcher mes jambes de trembler.

— Non, non, c'était juste une... hypothèse.

Elle me toise quelques secondes, ses sourcils parfaits froncés. Puis elle replonge dans les fringues.

Mon souffle se relâche.

Luttant pour ne pas réellement m'enrouler dans ses couvertures, je me triture les doigts et mes yeux tombent sur la table de nuit. Il y a un réveil-matin, des bonbons à la menthe, une bouteille de parfum et un cahier à la reliure en cuir surmonté d'un stylo.

Sans même l'ouvrir, je sais que c'est son carnet d'écriture.

Il a toujours aimé écrire. D'aussi loin que je m'en souvienne, il avait toujours un crayon à la main et une feuille qu'il noircissait lorsqu'il était troublé. C'est devenu de plus en plus récurrent lorsque ses parents ont divorcé et que sa mère s'est remariée avec monsieur Tombly un an plus tard.

Et lorsqu'il avait terminé l'ébauche d'une histoire, il m'en faisait la lecture.

Je me rappelle de ces nuits lorsqu'il lançait des cailloux à ma fenêtre jusqu'à ce que je me réveille et que je me faufile en douce pour ouvrir la porte et le laisser entrer. Nous nous blottissions dans mon petit lit et il se mettait à lire à voix basse jusqu'à ce que je me rendorme, collée contre son flanc.

Au réveil, il n'était plus là. Et une amande déposée sur ma table de chevet était la seule preuve qu'il était venu.

Qu'a-t-il écrit depuis quatre ans ? Et à qui d'autre a-t-il fait la lecture ?

Un frisson me secoue. Il faut que je sorte d'ici.

— Isabelle, je... Je vais t'attendre dans ta chambre, je ne me sens pas à l'aise.

— Fais comme tu sens. Je pense que... j'ai... trouvé... Nan.

Sa voix est à peine audible, mais c'est le signal qu'il me fallait. Je me lève et, jetant un dernier regard au carnet, je m'empresse de traverser la pièce. À deux doigts de traverser la porte, je m'immobilise, le souffle court.
Ce que je m'apprête à faire est mal. Vraiment mal.
J'envahis son intimité, putain.

Je rebrousse chemin et saisis le cahier d'une main tremblante. Mes doigts retrouvent sa texture familière et je reconnais son nom gravé dans le cuir d'une écriture enfantine. À quoi ressemble sa calligraphie aujourd'hui ?

Je quitte la chambre, un sentiment d'interdit grisant mes sens et enflammant mon sang. À part voler les cerises sur les gâteaux de maman et cette fugue, je pense que je n'ai jamais rien fait d'aussi badass.

Je m'enferme dans la salle de bains au fond du couloir et allume les lumières. M'installant sur la cuvette, je cale le carnet sur mes genoux et prends une grande inspiration en agitant mes doigts pour les dégourdir. J'attends que les battements de mon cœur redeviennent normaux avant de prendre mon courage à deux mains.

Puis j'ouvre une page au hasard.

Et je commence à lire.

Une lettre.

Une lettre qui m'est destinée.

***

OK, OK, OK.

Oui, j'ai changé le titre du chapitre. Parce que Mikorne, comme l'enfant vilain qu'elle est, a détourné mon inspiration et a volé le carnet de Liam. 🤷🏻‍♀️

Du coup, il y a une troisième et dernière partie à ce chapitre... où elle lit la lettre. Ses lettres plutôt.

Et APRÈS, elle ira au match avec mister Hart.

Vous êtes pas prêts. J'vous jure.
Mais j'vais être gentille. 😌

Du coup, commencez-vous à mieux cerner le personnage de Liam ? Et vous pensez quoi de William ? N'hésitez pas à me le diiiiire !
Je ne mords pas, promis.

Sinon, les licornes, passez une boooonne fin de semaine, et à demain *-*

XOXO

Fifty Shades of a Unicorn - T1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant