45 : D'espoirs et de cauchemars

Depuis le début

La dernière phrase de Godwin la laissa muette pendant de longues secondes, et le soldat saxon sentit son sang se glacer d'expectative. La rage froide qui couvait dans le regard d'Eldrid s'embrasa.

— Tu... tu veux dire que... tu allais rester les bras croisés pendant qu'on me passait la corde autour du cou ?

— On m'a enfermé pour m'empêcher de te libérer. Eldrid, je te promets que j'ai essayé de négocier.

— Tu n'as jamais été doué pour les négociations, que je sache.

Godwin tressaillit et resserra son étreinte autour de sa taille, lui coupant la respiration. Elle se dégagea d'un geste brusque.

— Tu es en colère, commença-t-il d'une voix calme, ce que je comprends. Mais ne tourne pas cette colère vers moi. Je n'ai rien fait qui le justifie.

— Tu n'as rien fait, justement !

— Sans moi, ils t'auraient rattrapé et tu serais de nouveau aux mains du bourreau.

— Sans toi, je serais au Danemark à l'heure qu'il est. Ou mieux, je serais toujours sur les terres d'Erling Bjarnason si tu n'avais pas suivi les ordres de ton roi et massacré les miens.

— En effet. À vivre une vie d'esclave auprès d'un homme qui te méprise. Cesse tes enfantillages.

Elle se leva sans répliquer, prenant de profondes inspirations pour juguler sa rage.

— Où allons-nous ?

— Je ne sais pas. Rejoindre les côtes.

Elle haussa un sourcil, mais elle avait compris.

— Tu veux quitter l'Angleterre ?

Godwin ferma les yeux un bref instant. Il avait eu le temps d'y songer tandis qu'il portait Eldrid dans l'obscurité. Quitter l'Angleterre. Entendre la jeune femme le dire était bien plus pénible que de formuler la pensée dans son esprit.

Non, il ne pouvait partir. Il ne pouvait abandonner son royaume alors qu'une horde de barbares était en train de faire tout le mal dont une armée était capable. Avait-il pour autant le choix ? Il doutait qu'on le laisse combattre sous l'étendard de son royaume tant qu'Eldrid vivrait.

— Je suis désolée.

— Ne le sois pas. Je préfère mille fois te savoir en vie que pendue au bout d'une corde, même si cela fait de moi un traître.

~*~

Eldrid n'aurait su dire combien de temps ils avaient marché. Plusieurs jours, c'était certain. En plein cœur de l'été, leur progression avait été pénible, et le danger tournoyait à chaque instant dans leurs esprits. L'ancienne thraell sursautait au moindre son, et presque autant de fois la main de Godwin se posait sur la dague qu'il portait à sa ceinture.

La mer se dressa enfin devant eux.

Ils avaient jusqu'ici évité les villages, mais Godwin, décrétant qu'ils étaient à présent assez loin de Winchester, les conduisit dans un petit port.

Le soldat s'éclipsa pour leur trouver un lieu où dormir. Eldrid ressentit son absence aussi brutalement qu'un coup de poignard. Elle se sentait nue et délaissée, en proie à une angoisse sourde.

Elle n'eut de cesse de glisser un regard vers l'étendue aqueuse qui s'échouait en vaguelettes au pied des habitations branlantes. Ils étaient au sud et le Danemark ne se trouvait pas de l'autre côté de la mer, pourtant elle sentait le royaume qui l'appelait au-delà des vagues. Qui l'appelait, et qui la terrifiait. Elle sentit sa gorge se nouer, et son collier de servitude pesa lourd à son cou, en dessous de la cicatrice faite par Erling Bjarnason. Où qu'ils aillent, ce ne serait pas là-bas. Elle n'y avait plus sa place.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !