45 : D'espoirs et de cauchemars

684 105 20

Eldrid dormait, d'un sommeil agité de cauchemars, ses sourcils froncés au-dessus de ses paupières closes. Elle ne se réveillait que par intermittence, en sursaut, ses doigts s'égarant sur son cou où elle ne trouvait que la présence familière de son collier de servitude.

Godwin la laissait faire, bien trop conscient de l'angoisse qui devait s'immiscer dans la moindre parcelle de son être à chaque réveil, et du traumatisme qui la poursuivait jusque dans ses songes. Lui-même tremblait encore. Dans un état proche d'une stupeur teintée d'émerveillement, il serrait le corps d'Eldrid contre lui. Il y avait quelques heures à peine, il n'aurait pas cru pouvoir contempler encore sa poitrine qui se soulevait au souffle de sa respiration, ni percevoir son cœur battre contre ses côtes, ni sentir la peau d'Eldrid contre la sienne.

La nuit était chaude et un mince croissant de lune éclairait la forêt dans laquelle il s'était aventuré. Godwin progressait avec difficulté entre les branchages, attentif au moindre son. Il regrettait amèrement l'absence de son glaive laissé à Winchester. Avec pour seule arme la dague qu'il avait eu le temps de subtiliser en se débarrassant d'un de ses gardes, chaque ombre se mouvait en un ennemi. Ennemi. Il était Saxon, et pourtant si un des siens venait à se dresser sur sa route, il savait qu'il n'hésiterait pas.

Lorsque, à bout de force, il ne pouvait plus effectuer un pas de plus, il déposait Eldrid au sol et s'allongeait à ses côtés. Malgré la fatigue qu'il éprouvait, il ne pouvait se résoudre à fermer l'œil. Il continuait sa garde silencieuse et veillait sur le sommeil d'Eldrid. Ce fut lors d'une de ses haltes que la jeune femme, alors que l'aube éclairait l'obscurité, émergea de ses songes cauchemardesques.

Godwin hésita un bref instant, avant de se saisir de sa main.

— Eldrid, murmura-t-il.

Elle tremblait, et elle se pressa d'elle-même contre lui, en quête de chaleur. Elle resta blottie un long moment ainsi, tant que Godwin crut qu'elle s'était rendormie. Mais sa voix troubla le silence, en un souffle.

— Qui a tiré ?

Sur le moment, Godwin avait saisi sa chance, et une fois Eldrid près de lui, il n'avait guère eu le temps de repenser aux événements, accaparé par la jeune femme. Toutefois, l'origine des flèches n'était guère difficile à deviner. Il avait reconnu l'empennage lorsque la première flèche s'était fichée dans l'estrade. Godwin retint une imprécation. Il espérait que Theodore n'avait pas eu d'ennuis. Son acte était lui aussi passible de trahison.

— C'était Theodore. Il a tiré depuis le palais.

— Theodore...

Godwin sentit son cœur se serrer. Le ton d'Eldrid était alourdi de rage.

— Il m'a dit de te demander que tu lui pardonnes.

— Je... je ne sais pas.

— Il ne savait pas ce qu'il faisait, il n'a jamais voulu te causer du mal. Il tient beaucoup à toi. Il t'a sauvé la vie.

La respiration d'Eldrid était erratique.

— Tu lui as pardonné, toi ? demanda-t-elle.

Godwin se tut. C'était en effet ce qu'il avait affirmé à Theodore. Mais il avait beau l'avoir fait, et il avait beau le défendre devant Eldrid, il n'était pas certain d'avoir pardonné. Certaines erreurs ne se pardonnaient pas. Elles s'acceptaient tout au plus. Il ne répondit pas, et la jeune femme poussa un soupir.

— À cette distance, vous auriez très bien pu me tuer.

— Une mort plus paisible que la pendaison, répliqua-t-il. Et j'ignorais ce qu'il projetait de faire.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !