Chapitre 7

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Mercredi 14 juin 2017


Maël


Un nouveau jour se levait. Pour une fois, les rayons qui m'aveuglaient de si bon matin me parurent agréables. Je gardai donc les paupières fermées, non pas parce que je me refusais à affronter l'astre éclatant que je croyais d'ordinaire se moquer de moi, mais parce que je voulus profiter de sa caresse un petit moment. L'orage était passé. Il avait été violent, il aurait pu tout emporter. Cependant, j'en ressortais grandi et apaisé. Je n'aurais pas été jusqu'à dire que j'étais un homme nouveau mais je voyais désormais les choses différemment. J'avais envie d'un nouveau départ ?

Ce fut avec bonne humeur que je finis par me tirer du canapé. Je m'étais mal couché, ce qui me valut d'avoir le dos en vrac, mais quelques étirements suffirent à me remettre sur pied. J'en lâchai un bâillement disgracieux puis me rendis derrière le comptoir pour m'atteler à la préparation de mon café quotidien.

Cependant, alors que j'attendais que l'eau passe dans le filtre et se charge des arômes, mon regard encore endormi vint se poser par inadvertance sur le cadre qui trônait presque en appui contre le mur sur lequel s'accrochait la desserte. Virginie...

Je ne mis pas de temps à me faire la réflexion que si je voulais l'oublier, je devais déjà commencer par virer tout ce qui pouvait me la rappeler. Par conséquent, cette photo n'avait plus sa place. Elle ne l'aurait plus jamais.

Profitant de ce rare élan de motivation qui m'animait, je m'emparai du cadre et le démontai pour en extraire l'image sur papier glacé. Je lui offris un dernier coup d'œil, comme pour m'assurer que c'était bien ce que je voulais, puis la déchirai en de nombreux morceaux qui terminèrent dans la poubelle. Elle m'avait jeté de sa vie, je la jetai à présent aux ordures. Juste retour des choses, non ?

En remplacement, je me rendis vers mes cartons et tirai un paquet de cartes postales qui, en vérité, se mêlaient à de vieilles photos de famille. Cela faisait un bail que je n'y avais pas jeté un œil, ce qui m'amena à me dire qu'il faudrait que je finisse par prendre un temps pour les consulter. Je me contentai, pour le moment, d'en tirer une de moi en compagnie de mes grands-parents pour remplacer le vide inhérent à la disparition de... qui déjà ? Ha ! Ha ! À mon tour d'être mesquin ! D'autant qu'elle n'avait pas dû se priver pour faire la même de son côté depuis bien longtemps.

Quand ce fut fait, je me servis mon café avec une satisfaction jouissive. J'avais morflé, j'avais bouffé ma tartine de merde, mais j'allais prendre ma revanche sur la vie ! C'était une promesse que je voulais tenir car le Maël que j'étais devenu me faisait horreur. Pour cela, rien de tel que de prendre un peu d'énergie avant d'attaquer la journée !

Bon, à dire vrai, je n'étais pas beaucoup plus avancé parce que, même si je parvenais finalement à tourner la page de ma relation, ça n'allait pas me rendre mon emploi. Les prochains jours devraient être employés à réfléchir, à trouver une solution à ce problème ; ce qui n'allait pas être simple puisque, si j'étais prêt à faire des efforts, il n'était toutefois pas question que ma voie s'éloigne du piano. Un caprice qui ne me faciliterait assurément pas la tâche car, du travail dans le monde de la musique, cela ne courait pas les rues.

Un bref instant, j'envisageai de faire la manche dans le métro jusqu'à ce que j'imagine le joyeux bordel que ça serait d'embarquer un piano avec moi. Même en admettant qu'il ne pèse rien, vu sa taille, je me pris à rire en appréhendant toutes les situations cocasses que cela pourrait amener.

Bon sang ! Ça aussi, ça ne m'était plus arrivé depuis longtemps : rire aux éclats pour une idée stupide. Il faut croire que mon sens de l'humour avait dû se faire la malle avec mon optimisme. Quoi que, si on y réfléchissait bien, ce n'était pas comme si j'avais eu des occasions de me laisser aller à des idées légères durant cette année écoulée. Broyer du noir m'avait occupé bien trop de temps pour ça. Il avait fallu qu'un petit parasite envahisse mon train-train quotidien pour que j'en vienne à remettre en cause ma façon d'être. À cause lui ! Pour lui ?

À fleur de peau (M/M - Boy's Love)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !