3.2 : Au pays des neiges éternelles

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   Je fais désormais face au vieux bonhomme qui me toise d'un air important. Trop important, ce qui vire à l'air hautain. Un gigantesque mépris m'envahit pour cet homme à l'allure si sûre. Je déteste ce genre de personnes, celles qui prônent l'autosuffisance ainsi que les certitudes trop vite fondées.
Oui, cet homme est confiant, trop confiant, comme s'il avait l'impression qu'il se relèvera toujours, par-delà les malheurs du monde, alors qu'on peine compter les bonheurs. Je ne supporte pas ces gens qui arrivent à dégager de l'optimisme devant un monde qui coule, alors que moi-même je n'y arrive pas. Cela me tient à cœur, d'être joyeuse et de bonne humeur, mais je ne suis jamais arrivée à évacuer ce pessimisme qui se répand dans mes veines. Et rien ne m'énerve plus, car c'est un combat que je n'ai pas encore gagné. Et ce Dumbledore a remporté la manche, peut-être depuis des années.
Je pousse un soupir méprisant qu'il ne perçoit pas avant de m'intéresser à sa physionomie particulière, car de près, je peux désormais voir chaque détail de sa peau ridée. Elle a du traversé tant de choses, à la fois si joyeuses et si sombres.
Ses pattes d'oie qui sillonnent l'extérieur de ses yeux, ses fossettes apparentes qui lui donnent l'apparence d'un grand rigolard et ce pli soucieux qui barre son front dans toute sa longueur. C'est vrai qu'il a du avoir un certain charme, plus jeune, mais il resplendit encore de ces lueurs d'antan. Encore fier et beau comme un jeune coq qui apprend à chanter d'une voix qu'il espère mélodieuse, sans penser aux oreilles qu'il cassent. Je ricane intérieurement. Toutefois, je commence à revoir mon jugement, peut-être cet air sûr de lui n'est-il que le reflet des connaissances qu'il a pu acquérir durant son existence, ce qui témoignerait d'un parcours tumultueux. De plus, ces pattes d'oies creusées par le rire ne sont-elles pas un signe que cet homme possède un certain sens de l'humour ?

Le directeur de Poudlard finit par sourire qui creuse ses fossettes face à mon air curieux mais à la fois intéressé, qui l'accuse silencieusement.

— Tu te sens bien Adéliane ? me demande-t-il d'une voix que je trouve presque bienveillante.

Je hoche la tête et son sourire s'agrandit sans que je ne sache pourquoi. Un sourire qui dévoile, à ma grande surprise, de belles dents blanches, saines, et très bien alignées. Mon trouble face à ce sourire dure quelques secondes et je me réveille brusquement. Mon tempérament insolent ne tarde pas à refaire surface.

— Pourriez-vous me rendre mon téléphone ?

Je pivote légèrement vers mon guide, Guillaume, qui hausse son sourcil droit.

— Ton téléphone ? m'interroge-t-il, visiblement surpris.

Ils me testent, j'en suis sûre, ou alors il sont en train de fouiller dedans ! La rage m'envahit, ce sont tous des abrutis de première !

— Euh oui... mon téléphone, ou smartphone si vous voulez, un machin rectangulaire avec un écran n...

— Nous savons quand même ce qu'est un téléphone Adéliane, pas besoin de nous prendre pour des cons, attaque d'une voix de bourrin mon cher Dumbledore et je reste sonnée par sa remarque virulente.

— D'accord. Mais j'aimerais bien récupérer mon téléphone ! Il était posé sur la table, en bas. Vous n'avez pas le droit de me le voler ! Sinon je porte plainte !

— C'est ça ! À d'autres, ricane Dumbledore, alors qu'il ne me parait plus aussi bienveillant.

— Attends, intervient Guillaume, tu dis que c'est ton téléphone ? C'est pour ça que tu as essayé de le prendre tout à l'heure ?

Il y a un comme un déclic dans sa tête, mais il fronce les sourcils tandis que j'approuve d'un hochement de tête.

— Je pensais qu'il appartenait à un membre du Repère, poursuit-il, et que tu tentais de le voler... tout s'explique, excuse-moi... mais comment est-il arrivé ici ? rajoute-t-il ensuite, douteux.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant