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- Je t'écoute.

- Hum, ça me dit quelque chose... Ah, oui, c'est un truc que j'avais griffonné pour un professeur que j'aime bien.

- Oh mon dieu. S'exclame Olivia.

Je n'avais jamais entendu ma mère s'exprimer ainsi. Mes sphincters se relâchent mais pas ma bouche. Je ne sais pas quoi dire.

- Tu sais qu'il est interdit, et par la loi et par la morale, de fricoter avec un élève, étant professeur.

- Mais ce n'était pas le but ! Je voulais simplement lui notifier mon appréciation et ma volonté de le voir en tant qu'ami et non en tant que professeur, à la fin de l'année scolaire, évidemment.

Je mens délibérément mais je crois que je le fais plutôt bien ce coup-ci.

- A aucun moment tu ne dis « à la fin de l'année scolaire ». Ne nous prends pas pour des idiot.e.s. S'exprime sèchement Samuel.

De toute évidence, je ne le fais pas si bien que ça.

- Je me suis mal exprimé.

- Peux-tu nous laisser, ton père et moi ? Intervient ma mère.

Je continue de réviser, en silence : les derniers mois de la dernière année, il n'y a pas de contrainte d'horaire. Le lycée respecte nos choix et nous laisse relire et refaire des exercices seuls, si on le souhaite.

Je n'ai pas essayé d'écouter mes parents parler à travers la porte, je sais ce qu'ils pensent. J'imagine que Samuel a demandé à me parler, que ma mère a refusé, lui reprochant son manque de pédagogie. Je profite de cet instant solitaire pour réfléchir à un scénario qui ne me mettrait pas trop dans l'embarras et qui temporiserait la situation.
Soudain, quelqu'un frappe à la porte.
Qui est-ce ? Samuel, qui a réussi à s'imposer ? Ou Olivia, qui a réussi à se convaincre elle-même qu'elle saura être pertinente.

- Oui ?


J'ois la porte s'ouvrir brutalement mais avec maîtrise. Je regarde au sol. Le carrelage noir et astiqué quotidiennement me fait voir une silhouette relativement fine, un buste et un visage féminin.
Cette brutalité me faisait penser qu'il s'agissait de ma mère et la silhouette dans le reflet confirme ma croyance.
Ma mère s'assoit sur mon lit, près de moi, je sens son souffle, elle me prend la main et se lance :

- Lorsque j'étais jeune fille, la première année de lycée, j'avais un professeur d'économie à tomber par terre. Il était vraiment beau, intelligent, pédagogue et à la carrure digne d'un vrai sportif. On fantasmait tou.te.s sur lui.

- Je ne fantasme pas sur...

- Ne me coupe pas. Donc, je le regardais de manière à lui faire comprendre que je voulais être toute à lui, pour au moins une nuit.

- Maman !!

- Un beau jour, je l'ai croisé dans l'hypermarché de ma ville. Ma colocataire de l'époque était dans un autre rayon, j'étais seule, lui aussi. Je suis allée lui parler, tout d'abord l'air de rien. Après lui avoir demandé s'il habitait dans le coin parce que «c'est incroyable de faire ses courses ici» -j'ai du lui sembler vraiment idiote- je lui ai parlé des cours, de la formation en général et cætera puis je lui ai fait comprendre qu'il me plaisait et que j'étais prête et ouverte à tout ce qu'il voulait.

- Maman, ça suffit !

- Je lui ai dit tout ça, en me rapprochant de plus en plus de lui. Il ne bougeait pas, ne reculait pas, je voyais dans ses yeux qu'il ne voulait pas car sa profession le lui interdisait mais qu'il était tout de même troublé et désireux de vivre une aventure avec moi. Je me rapprochais dangereusement, je l'ai finalement embrassé. Il m'a rendu timidement mon baiser. Le lendemain, je suis retournée au lycée, il n'était plus là. Les jours suivants non plus : la directrice a convoqué tous les élèves, avant manger, et a expliqué qu'un membre de l'équipe pédagogique avait surpris mon professeur faisant une action proscrite par la loi et la morale de tou.te.s. Ce membre a fourni quelques preuves, mon professeur n'a pas nié et s'est fait virer. Je ne l'ai plus jamais revu. Cet homme a tout perdu, à cause d'une sottise, à cause de ma sottise. Si cette lettre n'était pas parvenue à ton professeur, qui sait ce qui serait advenu ?

- Rien. Je n'ai pas mentionné son nom. Je me suis mal exprimé dans la lettre, je ne voulais pas être si intime.

- Et s'il t'avait fait des avances et même du chantage !

- Ce n'est pas son genre, et c'est moi qui ai été entreprenant. Il n'a rien fait.

- Il aurait pu en profiter ! Y a des malades partout !!

- Ce n'est pas le cas, voilà !

- Ça aurait pu !

- Je le referai plus !

- Et tu lui présenteras tes excuses, cet après-midi !

- Ok.

Héliosexuel [TERMINÉE]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !