Chapitre 17 - Ravages - Partie 2

Depuis le début

De son côté, Mattéo, blanc comme un linge, essayait de ne pas la regarder.

« Qu'est-ce que tu fais là ? ! » demanda-t-il avec violence au gamin qu'il menaçait toujours de son arme.

Le jeune recula, se traînant en arrière. Ses bras tremblèrent sous l'effort, son visage, barré de petites plaies rouge vif et déjà incrustée de sable, se tordait de terreur – ou de douleur. Naola se rapprocha pour lui apporter son aide, alors qu'il tentait de répondre à la question impérieuse de Mattéo.

« J'étais dans une sphère noire avec elle, articula-t-il avec un accent français. On était dans la mer, mais on s'est retrouvé ici.

— Comment tu t'es retrouvé avec elle ? interrogea Mattéo toujours aussi brutalement. Tu la connais ?

— Non. Elle m'a sauvé. Le bateau a explosé et... Elle... elle n'était pas comme ça, avant, mais la bulle nous a entouré, elle a perdu l'apparence d'avant. »

Le sorcier pinça doucement les lèvres. D'un geste de la main, il tira son sortilège. Le gamin n'était pas sa priorité actuelle.

« Qu'est-ce qui te prend ? ! s'écria Naola en l'écartant de l'adolescent.

— Je l'ai assommé. Il a vu Alix, il a vu l'Once, il sait qui elle est. On ne peut pas le laisser partir comme ça. »

Il se dégagea de la main de Naola d'un mouvement d'épaule agacé, mais se détourna de l'enfant quand Amalia se réveilla. Son cri de douleur monta à l'assaut des nuages dans des variations à peine humaines. Elle serra les poings. Xâvier esquiva de justesse l'attaque inévitable de Maître retrouvant ses esprits. La vague de magie pure perfora la couverture moutonneuse, formant une auréole bleu azur au dessus d'eux.

« Un sortilège de décontamination, vite », souffla Mattéo, un peu plus livide, encore.

Xâvier s'exécuta et son ami s'installa de l'autre côté d'Alix pour l'aider. Peu à peu, le visage du Maître se détendit. Quand elle souleva la main, les deux élèves stoppèrent leur incantation.

« Qu'est-ce que vous foutez-là ? », articula-t-elle à voix basse.

Les deux garçons se regardèrent et Xâvier rit en se laissant tomber en arrière. Il passa les bras autour de ses genoux et Mattéo se leva en s'étirant.

« Mordret a dit à Naola que tu étais sur le bateau, expliqua-t-il. C'était un missile nucléaire, Alix. On ne pouvait pas rester au manoir sans bouger... »

La sorcière se redressa sur ses coudes et grogna en fermant les yeux.

« Mon dispositif de sécurité s'est déclenché quand je suis tombée dans les vapes... C'était dangereux, vous n'auriez pas dû venir.

— C'était nous, l'Ordre ou la Fédération.

— Ça n'excuse rien. Vous vous êtes mis en danger. »

Alix se releva, prit le temps d'assurer la stabilité de sa position assise et esquissa un sourire.

« Merci. Merci à vous trois. »

Mattéo détourna les yeux et Xâvier se gratta la tête.

« Mattéo ? articula Naola d'une voix légèrement tremblante. Tu... Le petit, tu n'as vraiment fait que l'assommer ?

— Oui, pourquoi ? »

Les trois regards se tournèrent vers elle, toujours agenouillée à côté du gamin, les doigts glissés au creux de son cou.

« Je crois qu'il ne respire plus.

— Quoi ? »

Mattéo se précipita à ses côtés, un sortilège de premiers soins chargé dans ses deux concentrateurs. En y prêtant attention, la peau du jeune homme était marbrée de lésions violacées.

« Il a dû être sévèrement irradié », murmura Naola d'une voix éteinte.

Elle maintenait la tête de l'adolescent vers l'arrière et, d'un charme, tentait de donner un second souffle à ses poumons arrêtés, une nouvelle impulsion à son cœur, sans succès.

Alix, toujours au sol, serra les dents et détourna le regard. Elle était trop faible pour les aider. Elle tenait à peine assise.

Qu'elle soit parvenue à saisir cet enfant et l'entraîner avec elle dans la protection relevait du miracle, mais ce miracle s'avérait insuffisant. Sans soin, sans médic' capable d'intervenir sur un humain, il mourrait, ici, ou dans les mois à venir, des suites de son exposition.

Alix refusait de l'accepter. Elle se prit la tête entre les mains, réfrénant un vertige. La sphère, rempart supposément inviolable, n'était pas conçue pour résister aux retombées de la bombe. Si la sorcière avait perdu connaissance, elle n'imaginait même pas l'état du garçon. Alix fronça les sourcils, saisie d'un doute :

« Vous m'avez trouvée ici ? Je n'étais pas protégée ? demanda-t-elle à Xâvier qui prenait soin d'ignorer ce qu'il se passait dans son dos, préférant veiller sur elle.

— Non. Tu étais en pleine mer, une personne en cape rouge s'attaquait à ta sphère. On a... »

Amalia ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase.

« Montre-toi ! cria-t-elle

— Pardon ? demanda Xâvier, surpris.

— Pas toi. La cape rouge. Montre-toi ! reprit-elle. J'ai encore besoin de toi ! »

L'interpellé apparut à ses côtés, à genoux. Xâvier sursauta et arma son concentrateur par-dessus son Maître. Elle posa sa main sur son bras et lui fit baisser l'artefact.

« Usem, bien sûr, souffla-t-elle.

— Pourquoi le sauverais-je ? Nous n'intervenons pas.

— Je payerai. Sauve-le. Je vous contacterai pour définir ce que je vous dois. Emmène-le au Village.

— Au Village ? Ça va te couter une fortune, objecta-t-il.

— Il connaît mon visage, je n'ai pas le choix.

— Tu pourrais lui effacer la mémoire, proposa Usem.

— Et en faire une cible quand l'Ordre comprendra qu'il est le seul rescapé du naufrage sauvé par l'Once ? Non. »

Abandonner l'adolescent à son sort aurait assuré son silence, mais Alix aurait ainsi signé sa défaite complète. Le capuché se releva, puis s'approcha de Mattéo, Naola et du gamin.

« Laissez-lui la place », exigea Alix.

Le Confrère se pencha sur l'enfant et posa ses paumes en travers de son torse. Il commença à réciter un long enchantement. Immédiatement, le jeune humain reprit une respiration sifflante et Amalia, soulagée, glissa la main dans ses cheveux.

Mattéo et Naola, immobiles, observaient l'inconnu insuffler la vie au miraculé, incrédules. Xâvier, lui, fit aller son regard de l'étranger à son Maître. Il chercha son attention.

« Je crois que tu auras quelques trucs à nous expliquer, là...

— Aide-moi à me lever », répondit-elle en riant doucement.

Le borgne passa un bras sous les épaules d'Alix et la soutint, d'un mouvement souple. Incertaine de son équilibre, elle avança avec difficulté. Mattéo vint à leur rencontre, imita son ami. Encadrée par ses élèves, elle regarda l'enfant reprendre une respiration normale. Il cessa de convulser ; ses traits se détendirent ; il sombra dans le sommeil et Amalia retint un soupir. Parmi tous les humains qu'elle tentait de sortir des griffes de l'Ordre, au moins, elle aurait sauvé celui-ci.

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