12.3. William Hart

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Mes mains se collent sur son torse et le repoussent. Il recule de plusieurs pas, sonné. Sa chaleur quitte brutalement mon corps et un frisson me secoue de la tête au pieds.

Ne plus jamais le laisser m'approcher ainsi. Jamais.

Ma bouche entrouverte laisse échapper un souffle saccadé que je suis incapable de calmer.

— OK, je... d'accord, Laurel, j'arrive, balbutié-je.

Quelques secondes plus tard, la porte claque, signifiant qu'elle est repartie. Tête baissée, mains sur le comptoir et tentant de retrouver son calme, Liam lâche un long soupir frustré qui me donne la chair de poule.

— Je ne... commence-t-il, la voix rauque.

— Juste-

— Je ne sais pas ce qui m'a-

— Juste, arrête, le coupé-je à mon tour, nerveusement. Je... on-

— OK, j'arrête. Mais tu-

— Arrête.

— J'arrête. Toi aussi.

— On va arrêter ?

— On va arrêter.

Je dénoue mon tablier de mes doigts tremblants et enlève la poêle de spaghettis du feu.

— Alors je vais...

— Tu vas...

— Ouais.

— OK. Mais non, pas OK.

La vulnérabilité et la passion orageuse dans ses yeux que je discerne lorsqu'il relève la tête fait contracter mon ventre. Un sentiment inconnu vient l'habiter. Un sentiment tout doux, tout chaud. Le genre qui envoie une flopée de papillons au creux de l'estomac. Le genre qui donne envie de chanter « God Save the Queen » sur tous les toits pour aucune raison. En ce moment même, cette émotion est néanmoins assombrie par un besoin de plus urgent. Un désir brut. Un désir primitif qui nous broie les entrailles lorsqu'il n'est pas assouvi. Un besoin qui me donne envie de faire... faire...
Je ne sais même pas quoi faire.

Gauche abdique son Sceptre de la Méchanceté. Adieu.

Maintenant c'est à Droite de chanter « God Save the Queen ».

Je serre les lèvres pour lutter contre un gémissement plaintif.

C'est trop bizarre, c'est trop... nouveau.

Je ne sais pas exactement ce que je désire. Mais je sais qu'en cet instant, avec Liam, c'est rien de ce que j'avais pu ressentir auparavant. Les sentiments d'adolescente transie, c'est à la poubelle depuis belle lurette. À son égard, je ne ressens qu'une colère noire, mêlée au besoin de sentir son souffle sur mes lèvres comme tout à l'heure. Une vieille rancune. Parce qu'il y a quelque chose, quelque chose qu'il a faite.

Autre que les lettres.

Autre que son absence.

Autre que son silence.

Quelque chose que j'oublie.

Et, à son regard, je sais qu'il sait que j'essaie de savoir.

Merde.

Update : Gauche reprend son Sceptre.
On ne baisse pas les bras en si bon chemin.

Et Droite se suicide.

Double merde.

Sauf que les licornes sont immortelles.

Meilleure chance la prochaine fois.

Fifty Shades of a Unicorn - T1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant