Le plan

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Michel avait marché longtemps. Il s'était même perdu dans l'immense faculté de génie. Là, rien ne ressemblait à son pavillon grandiose, solennel, aux boiseries centenaires. Que du béton partout, et des murs semblables aux autres dans des couloirs où défilaient des étudiants silencieux. Parfois, il s'était arrêté afin d'épier son poursuivant, voir s'il ne rencontrait pas quelqu'un, peut-être son prochain espion attitré. Il n'eut pas cette chance. L'homme était allé prendre un café et un sandwich et n'avait parlé à personne.

À côté d'une porte peinte en rouge, un écriteau annonçait plusieurs professeurs, dont celui de Grimaldi. Il ouvrit, pénétra dans un bref couloir donnant sur trois bureaux. Un seul était occupé.

Lorsqu'il entra, Albert Grimaldi leva à peine le nez de son écran.

« Monsieur Grimaldi ?

— Ferme derrière toi et viens t'asseoir.

— J'ai mis du temps à arriver. J'en suis navré.

— Aucun problème. Quelque chose t'a retenu ?

— À vrai dire, je me suis égaré dans cette partie du campus. Tous les couloirs se ressemblent.

— Pas très joli, mais bien pratique. Cela absorbe le bruit, les vibrations... Il n'y a pas de meilleur endroit pour discuter.

— Et pas une fenêtre dans tout le pavillon.

— En effet. Rien de très bucolique, je l'admets. »

Michel s'installa. « J'étais surpris que vous me répondiez en plein jour.

— C'est un effort que je dois fournir trois fois par semaine. Un coup de chance, vraiment. » La barbe soigneusement taillée de Grimaldi vint souligner son sourire affable, qui ne dura qu'un instant. « Alors, sais-tu qui te suit?

— Aucune idée. Je crois qu'ils ont le même chef que cet inconnu qui a surgi chez les Pénitents.

— Et qui est désormais entre les mains de l'Inquisition. » Grimaldi eut pour le vide un signe de dénégation. « Il me faut du concret. As-tu reconnu quelqu'un? Des insignes? Un bijou?

— Il avait la même carrure, mais je n'ai rien remarqué de particulier.

— Et il t'a suivi ici ?

— Non. J'y ai veillé. Sauf qu'il a appelé un collègue pour le relayer. Je n'ai aucune idée de qui ce sera.

— S'ils mettent les pieds sur le campus, je pourrai les repérer grâce aux caméras de surveillance. Reste à l'université jusqu'à cette nuit. Je pourrai alors te protéger. »

Michel cessa un moment de respirer. « Et l'Inquisition?

— C'est ce soir que Medina donnera sa conférence, je ne l'ai pas oublié. Raison de plus. Tu en profiteras pour lui demander ce qu'ils ont tiré de ce type. » Il s'arrêta pour réfléchir quelques instants. « Excuse-moi si je semble prendre ça à la légère. J'ai parlé à Nideck et il a dit qu'il agirait. Ceci dit, j'ignore s'il peut grand-chose. Je me suis renseigné : ce Medina est extrêmement ancien. Il connaît ton allégeance, alors porte ton sceau. Ce sera un avertissement supplémentaire.

— Vous êtes assez puissants pour vous opposer à lui ? »

Grimaldi pouvait affecter de ne rien ressentir — pour ceux de sa race, rien de plus simple — mais Michel sentait sa peur panique. L'Ordre était mené dans l'ombre par des immortels sans doute plusieurs fois centenaires, mais c'était aussi le cas de l'Inquisition. Les sorciers et les prêtres se regardaient comme chiens de faïence, mais une étincelle pouvait déclencher une guerre que chacun redoutait.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !