11.2. Corniche

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Nous mangeons tous nos plats en silence. Le regard de Liam reste braqué sur moi pendant toute cette demi-heure pénible. Toutefois, son attention se détourne lorsque des pas dans l'escalier résonnent.

Une métisse aux boucles incroyable débarque dans la cuisine, vêtue en tout et pour tout d'un t-shirt ultra-court.

Autant sortir sans, hein.

À ma grande surprise, le visage d'Isabelle s'illumine et elle repousse sa chaise pour aller prendre la fille dans ses bras.

— Bonjour bébé.

— Oh putain, achevez-moi, grogne Colin en se cachant derrière sa tasse de café.

— C'est le prix à payer quand tu veux sauter une bi, Colin, commente Liam. Va falloir la regarder rouler des pelles à des filles et des gars. Mais surtout des filles. Comme maintenant.

— Pfff.

Thomas ricane.

— Par contre, j'avoue que c'est chiant de ne pas avoir ce que tu veux.

Il jette un regard en biais à Laurel qui pique un fard en se re-concentrant sur ses œufs et poursuit.

— Je compatis, mec.

Ils se font un check sarcastique avant de se mettre tous à rire, Laurel incluse. Je glousse pour la forme, mais reporte mon attention sur les deux filles qui s'embrassent tendrement dans un coin. Je ne sais pas quoi penser.

D'un, on ne m'a jamais embrassée. Parce que les bisous de maternelle ne comptent pas et que ceux de bonne nuit à maman et papa comptent encore moins. Et le seul copain que j'ai eu à douze ans ne faisait que rougir à chaque fois que je posais ma bouche sur la sienne.

Passons.

De deux, je suis plus habituée à voir des gars et des filles s'embrasser dans les séries télévisées que j'ai l'habitude de suivre. Mais jamais fille-fille. Jamais deux filles ensemble.

Je me trouve alors à fantasmer sur le goût que pourraient avoir les lèvres d'une fille sur les miennes. Ou même celle d'un gars. Est-ce qu'elles seraient douces ? Fermes ? Sucrées ? Chaudes ?

Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas.

***

À peine une heure plus tard, la plage n'a plus un seul centimètre de libre.

Les familles ont étalé leurs serviettes, les enfants ont colonisé le sable et y ont construit leur château et les jeunes adultes se sont jetés à l'eau, ne prenant même pas le temps de se débarrasser de leurs vêtements. L'ambiance devient vite joviale, rythmée par les cris, les rires et les hurlements de plaisir des gamins qui courent partout et me bousculent sur leur passage.

— C'est toi le chaaat ! hurle un gosse blond en écrasant mon pied.

— Nooon, tu triches ! proteste l'autre en se cachant derrière moi.

— Euh... marmonné-je en levant les mains devant moi. Les gars, c'est juste un jeu, d'accord ?

Soudain, je reçois du sable mouillé sur les mollets et étouffe un cri de surprise en me retournant. Assis sagement au milieu d'une serviette, un bébé de deux ans me fixe droit dans les yeux, une autre poignée de sable au creux de sa petite paume et une lueur mesquine dans les yeux. Sa mère s'indigne et le soulève dans ses bras :

Fifty Shades of a Unicorn - T1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant