3.1 : Au pays des neiges éternelles

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Note : j'aimerais beaucoup que vous laissiez des commentaires ! Ça motive énormément et ça me permet de savoir ce que vous aimez, ou au contraire ce que vous n'aimez pas... Merci !

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Je hoquette. C'est mon tour. De ma place, debout près de la porte, je vois toutes les paires d'yeux se tourner vers moi, y compris celle de Dumbledore. C'est impressionnant de voir la diversité des couleurs de ces dernières, il y a des bleus, des verts, des marrons, qui existent en mille nuances différentes. Et chaque couleur me rappelle un souvenir, une personne, un paysage, une émotion...

— Adéliane, me rappelle-t-on.

Je me décide enfin à actionner mes jambes et me concentre sur ma respiration ; on va me retourner le cerveau, à coup sûr.
Je traverse la moitié de la pièce et manque de tomber en trébuchant au pied d'un canapé. Des ricanements s'échappent de mon public et je lance des regards noirs ébènes à la volée. Foudroyant chaque jeune, n'épargnant pas Mila, qui devant mon regard se tasse légèrement sur elle même.

Dumbledore me fait désormais face, fièrement, et je m'arrête à deux bons mètres de lui. Essayant de lire et de déchiffrer ses intentions dans son regard glacé. Ne possédant aucun pouvoir magique, cela se révèle bien évidemment impossible.

— Je vous préviens, commencé-je d'une voix que j'espère menaçante, si vous me...

Le vieux s'approche brusquement de moi et pose sans ménagement son front contre le mien. Je chancelle, un noir profond règne désormais devant mes yeux.
Puis une chaleur prend possession du sommet de ma tête et se répand à travers mon corps. C'est une chaleur agréable, qui enrobe chacune de mes cellules pour les chouchouter doucement. Inconsciemment, mes yeux se sont fermés. Mais je vois cette paire d'yeux bleus si semblables à la mienne se rapprocher de moi. De grands yeux azurs, hypnotisants. Ma respiration se coupe face à cette beauté saisissante.

Il y a juste ces yeux. Et moi. Rien d'autre.
Je ne sais même pas à qui appartiennent ces iris, leur possesseur doit avoir bien de la chance, je songe.
Puis cet ignoble goût de sang reprend ses droits dans ma bouche, titillant mes papilles soudainement surdéveloppées. Et je me surprends presque à aimer ça, ce liquide pourpre qui coule dans ma gorge, cette sève vermeille qui provient de la chair fraîche, chassée.
Je m'en délecte, jusqu'à ce que ma raison réagisse. J'essaie de repousser ces yeux océans, mais je n'y parviens pas. Entre temps, l'odeur des arbres dévêtus prend possession de mon odorat, et ce silence assourdissant, aussi velouté que la neige immaculée, résonne dans ma boite crânienne.
Je tente alors de couper toute communication entre ces hallucinations et moi, en vain. La panique me ronge, car j'ai beau essayé d'ouvrir les yeux, mon prénom commence à retentir. La voix de la forêt, l'appel de la forêt.

« Adéliane... Adéliane... »

Je hurle, d'un son bref, strident et aigu. Je n'arrive pas à faire cesser ce cauchemar. Et l'on roule mon prénom, avec retient, avec peur même.

— Adéliane. Des sommets des montagnes, au pays froid de la neige éternelle, elle bondit, chassant, guettant. Si elle savait combien on la craint, elle ferait le mal. Panthera uncia.

Je tombe soudainement en arrière, la communion avec Dumbledore et moi-même se rompant. Avant même de raisonner, un nouveau hurlement me déchire la gorge lorsque je sens comme un fer rouge tracer lentement des signes sur mon épaule droite. Puis tout s'estompe, bien qu'une vague douleur subsiste là où l'on m'a brûlé.

Quand je jette un coup d'œil à l'assemblée, ces yeux bleus lavande dansent toujours devant moi, devant mes propres prunelles. Dumbledore, se tortillant sa barbe du bout des doigts, m'observe d'un air étrange, et tous les adultes froncent les sourcils.
Je me redresse lentement et titube comme si j'avais bu vers Mila. Il y a deux bonnes nouvelles : premièrement, je suis en vie, et deuxièmement, j'ai l'impression d'avoir gardé mon cerveau. Un peu plus guillerette, je m'assieds légèrement, à ma place de départ, reportant ensuite mon attention sur le vieux et ses compères. Les jeunes, quant à eux, restent silencieux, sans pour autant me dévisager bizarrement, contrairement aux adultes.
   Je me tasse un peu dans le petit canapé et attends que le dernier, Julien je crois, passe pour leur "cérémonie". Il s'est déjà levé d'ailleurs. Doucement mon coco, on m'a toujours pas dit quel animal j'étais censé incarné ! Enfin si, mais les noms scientifiques ne m'apprennent rien !
Comme si j'avais un quelconque don de prémonition ou de télépathie, le vieux se manifeste, nerveux et peu sûr de lui.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant