VIII - REVELATION

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chapitre mis à jour______


France, 1876

Il était là, soigneusement plié en quatre sur son oreiller.

« N'oubliez pas votre promesse. T.M. »

Il s'était introduit jusque dans sa chambre, afin de lui signifier qu'aucune porte close ne saurait le retenir, qu'aucune dérobade ne lui serait permise. Elle le maudit.
Si elle avait jamais eu l'intention de renier son engagement, le message était clair...lui ne renoncerait pas.



Ranald jouait avec la mèche de cheveux bruns tressés entre ses longs doigts halés, en fixant les poutres de sa chambre.

Étendu sur son modeste lit, la tête rehaussée par plusieurs oreillers qu'il avait dû payer en supplément pour son confort, il attendait que la nuit daigne s'achever. Le sommeil le fuyait depuis plus de lunes qu'il n'aurait été capable de le dire, aspirant ses pensées dans les pires recoins de son esprit.

Le crépuscule était passé depuis longtemps et il entendait les ronflements sonores de Jamie de l'autre côté de la cloison, depuis plus de trois heures.

Le highlander songea que ce dernier n'avait jamais su se faire discret sur la question, effrayant les plus énamourées de ses prétendantes. Rien d'étonnant à ce qu'aucune femme ne trouve grâce à ses yeux, elles auraient dû le supporter pour cela.

L'horloge de la grande église retentit brusquement. L'écossais se leva aussitôt de sa paillasse et prit ses bottes disposées à côté du lit avant de s'engouffrer dans le couloir.

Il devait prendre garde de ne pas croiser Niall, censé «monter la garde», afin de lui éviter de «commettre une bêtise». Comme si un gamin allait pouvoir l'entraver. Pour l'heure, il doutait que son cousin soit en état de surveiller quoi que ce soit, il avait passé la veille à faire les yeux doux à la tenancière. Une brune au corsage à peine lacé, il aurait suffi d'y glisser la main pour se servir. Elle avait roulé des hanches et soupiré après lui durant toute la soirée. Niall ne s'était visiblement pas fait prier, car il n'y avait plus aucune trace de lui.

C'était la première fois qu'il mettait les pieds en France. Sans aucun doute, le charme local avait eu raison de lui. Dès qu'ils avaient posé le pied à terre, Niall s'était trouvé la nuque cassée à force de rester le nez en l'air, le regard à l'affût.

Parvenu au rez-de-chaussée, Ranald se retrouva dans la grande salle à manger. Tout en bois, l'intérieur était beaucoup moins rustique que ceux auxquels il était habitué. Des chandelles brûlaient encore, accrochées aux portants en fer forgé cloués au mur. Avisant la pièce vide où nul ivrogne ne semblait s'être perdu, l'homme continua son chemin jusqu'à la porte.

Au-dehors, il faisait un froid à faire fuir le diable en personne. Le vent lui glaçait la peau, mais rien qui lui soit étranger. Le climat des Highlands pouvait s'avérer bien pire. Ranald sortit le plaid de son clan avant de s'enrouler dedans.

L'homme chercha un fiacre des yeux dans la pénombre. Mais rien. Le mieux était de s'y rendre à cheval, pourtant la bête qu'ils avaient acquise en arrivant, n'était pas l'animal le plus racé qu'ils aient pu trouver. Il ne passerait certainement pas inaperçu s'il se postait devant la demeure du duc accompagné d'un tel animal.

La route était cependant longue, selon ses souvenirs. Il soupira et se dirigea vers l'écurie pour récupérer son cheval. Continuant d'être le plus discret possible, il ne put éviter les flaques de boues sur son chemin et jura entre ses dents en sentant le liquide froid tremper son pantalon.
Arrivé près des stalles, des sons étouffés lui parvinrent. Il se figea aussitôt, s'attendant à voir débarquer son cousin furieux. Rien ne venait, mais le bruit se précisa. Tendant l'oreille, un rictus commença à prendre forme au coin de ses lèvres tandis qu'il réalisait la nature de ce vacarme montant. Des soupirs et des gémissements s'élevaient de la paille derrière le mur en bois, qui séparait les compartiments vides des pleins et du reste de l'étable.

La lignée des reines  - (Terminée)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !