Ruby (33) - 26 février 2042

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J'aide Samuel à se lever pour sortir de la ruelle.

— Attends, dit-il en se penchant pour ramasser mon cahier.

Le mouvement lui arrache un gémissement, mais quand il me le tend, un sourire timide se dessine sur son visage.

— C'est ta vie qu'il y a là-dedans. Tu ne peux pas partir sans.

J'acquiesce et le glisse dans mon sac à dos. Nous rejoignons ensuite tant bien que mal l'avenue principale. Le front de Samuel se couvre de sueur sous l'effort. J'en ai mal pour lui.

— Tu es sûre qu'on peut lui faire confiance à ton prof ? me demande-t-il.

Je garde les yeux fixés sur le flot de bagnoles qui défilent en continu malgré l'heure tardive.

— Je crois. De toute façon, ce n'est pas comme si l'on avait le choix.

Sammy ne répond rien. Qu'est-ce qu'il pourrait dire ? L'attente reprend dans un silence pesant. Le poids sur mon épaule se fait de plus en plus lourd. Soudain, une sirène de police rompt le calme de la nuit. Mon cœur s'accélère tandis qu'une voiture, gyrophare allumé, fonce vers nous à toute vitesse. Ça y est, l'aventure s'arrête ici.

Le véhicule nous dépasse sans ralentir. J'ai à peine le temps de soupirer de soulagement que le conducteur fait marche arrière dans un crissement de pneu pour venir se garer juste devant nous. Un homme en uniforme s'extrait du côté passager. Je le regarde approcher sans bouger, fixant l'arme attachée à sa ceinture. Pour l'instant, elle se trouve encore dans son étui.

— Ruby Burns ?

J'acquiesce, prête à me laisser passer les menottes. Vu l'état de Samuel, inutile de songer à tenter de s'échapper. À ma grande surprise, un sourire se dessine sur le visage de l'agent.

— Je me disais aussi que c'était toi. La photo que tes parents nous ont fournie date un peu, mais je pensais bien t'avoir reconnu.

Mon cerveau saturé d'adrénaline peine à décrypter ce que je viens d'entendre.

— Mes parents ? Qu'est-ce que...

— Ton père vient tous les jours au poste depuis que tu as disparu. Il s'inquiète beaucoup pour toi, tu sais.

Je secoue la tête.

— Ce n'est pas possible. Mes parents ne s'intéressent pas à moi.

Un coup de klaxon retentit derrière le policier.

— Une minute, crie-t-il à son collègue avant de reporter son attention sur moi. Je suis désolé, je n'ai pas le temps d'en parler plus longuement avec toi. Une bombe a explosé en plein quartier d'affaires. Toutes les forces sont mobilisées. Mais crois-moi, tes parents t'aiment et tu leur manques. Alors, fais-moi plaisir, petite, rentre chez toi.

Je reste là, hébétée, tandis que le flic remonte en voiture. Le moteur vrombit et le véhicule s'éloigne à toute allure, sa sirène emplissant le calme de la nuit d'un sentiment d'urgence. J'ai du mal à réaliser que nous sommes encore libres. Cette scène me semble tellement irréelle. Mes parents s'inquiètent pour moi... Je croyais que mon départ serait un soulagement pour eux. J'échange un regard avec Samuel, mais avant qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit, un vieux tacot se gare devant nous.

— Ruby. Je suis content que tu aies appelé, s'exclame Monsieur Richardson en s'extirpe du tas de ferraille pour nous rejoindre. Tout va bien ? Tu as l'air frigorifié. Et ton ami, il est blessé. Il faut vous emmener à l'hôpital.

— Pas l'hôpital, proteste Samuel d'une voix presque inaudible.

Monsieur Richardson nous dévisage tour à tour.

Le pays des enfants parfaits ( En cours de réécriture)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant