SAMUEL (19) - DIX-SEPT, QUATRE MOIS ET ONZE JOURS

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Nous longeons une série de bureaux et de labos. Dans ce bâtiment ultramoderne, chaque surface est vitrée, sans doute pour permettre aux caméras de scruter le moindre geste des employés. Je ne peux m'empêcher de jeter des regards inquiets à leur œil aveugle en espérant que Jacob est parvenu à les neutraliser comme promis.

— Dépêchons, encouragé-je Ruby. Cet endroit me file les jetons.

Elle hoche la tête, réprimant un frisson.

— Ouais. Moi aussi. Tout ce verre partout, cela me donne l'impression d'être la pauvre souris sur laquelle ils font leurs expériences.

Nous pressons le pas. Tout au bout du couloir, nous tombons sur un mur opaque. Impossible de voir ce qui se cache derrière.

— Je pense qu'on a trouvé, me souffle Ruby en fixant le boitier encastré dans la cloison.

J'acquiesce en silence et enfile les lunettes. J'appuie ensuite sur le petit bouton dissimulé à l'intérieur de la monture pour faire apparaître le faux œil. Malgré les explications de Jacob, je ne suis pas toujours convaincu. Les produits du groupe Goodfellar représentent ce qui se fait de mieux en matière de technologie de pointe. Je peine à croire que leur système de sécurité puisse être dupé par un tel subterfuge. Même un gamin de cinq verrait qu'il s'agit d'un hologramme.

Je m'avance vers le capteur. Celui-ci se met à pulser d'une étrange lumière bleue. Cela dure trop longtemps. Il y a forcément quelque chose qui cloche. Je commence à perdre espoir quand l'appareil émet un léger déclic.

— Bienvenue, Madame Goodfellar, nous souhaite une voix identique à celle de l'ascenseur tandis que le panneau coulisse, révélant une grande pièce sans fenêtre, si vaste que je n'arrive pas en voir le bout.

Nous entrons. Devant nous s'étalent d'interminables rangées d'armoires métalliques dont les portes transparentes dévoilent des centaines de boitiers noires qui clignotent sans arrêt, emplissant la salle d'une étrange lueur bleutée. Le vrombissement discret de chacune de ses machines, cumulé et doublé de celui des ventilateurs nécessaires à leurs refroidissements engendre un vacarme épouvantable. Je suis presque obligé de crier pour me faire entendre.

— Jacob a dit qu'il suffit qu'on branche la clé sur un des terminaux, qu'il s'occuperait du reste.

Ruby me désigne d'un signe de tête la dizaine de moniteurs installés à intervalle régulier dans l'allée centrale.

— On prend lequel ?

— N'importe, répondis-je en me dirigeant vers le poste le plus proche en essayant d'avoir l'air sûr de moi.

L'écran est noir. J'appuie sur une touche du clavier placé en dessous et un message s'affiche nous demandant d'entrer un nom d'utilisateur et un mot de passe.

— Et merde, lâche Ruby à côté de moi.

Je ne peux que partager son avis.

— Essaye d'appeler Frank, suggéré-je à contrecœur. Peut-être qu'il aura une idée.

Ruby s'exécute. La sonnerie resonne pendant au moins une minute avant que l'hologramme jaillisse au-dessus de son poignet.

— Qu'est-ce qu'il y a ? Un problème ?

— En effet, dis-je en lui désignant la console d'un signe de tête.

Il jure à son tour, avant de disparaître brusquement.

— Merde, la communication a été coupée, peste Ruby.

Nous échangeons un regard inquiet. Cela ne présage rien de bon. Commence alors les deux minutes les plus longues de notre vie. Je m'apprête à proposer à Ruby de faire demi-tour quand le visage de Frank réapparait. Il semble légèrement essoufflé.

Le pays des enfants parfaits ( En cours de réécriture)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant