41 : Prix des mensonges

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La haute silhouette de la ville-forteresse se dressait dans la plaine. Il leur avait fallu près de dix jours pour rallier Winchester. L'inquiétude que ressentait Godwin s'amplifiait d'heure en heure, au fil des journées et des nuits. Elle avait atteint son paroxysme lorsque les toits de la demeure royale apparurent à l'horizon, au cœur de la capitale. Tôt ou tard, il devrait croiser le roi, et les mensonges qu'il devrait proférer pesaient déjà sur sa conscience.

Ils descendirent de leur monture pour progresser dans les ruelles. Le soldat saxon n'appréciait guère l'atmosphère qui régnait dans la cité. Trop de bruits, trop de monde. Ils peinaient à se frayer un chemin à travers les étals des tanneurs, des marchands de peaux, des bijoutiers et des forgerons. Les yeux d'Eldrid glissaient sur le monde avec une vigilance accrue, pendant qu'elle scrutait le moindre détail, qu'elle se montrait attentive au moindre de son, comme si elle avait peur que sa condition de danoise se révèle à tous à chaque instant. Godwin se rappela qu'un de ses derniers souvenirs de la civilisation saxonne avait été ce jour où elle avait été criblée de pierres. C'était il y a quelques mois seulement, et pourtant cela lui semblait s'être déroulé il y avait une éternité de cela.

Godwin prit sa main dans la sienne, l'entraînant à sa suite dans le dédale de ruelles. Enfin, les portes du palais se dressèrent, imposantes, une potence à l'allure écrasante édifiée devant elles. Pour son plus grand soulagement, Eldrid fut vite détournée de l'édifice de mort par un cri :

— Mon seigneur !

Il se retourna juste à temps pour apercevoir les cheveux roux de Theodore dans son champ de vision, avant que celui-ci ne se jette dans ses bras. Godwin sentit son cœur se serrer, fort, avant d'esquisser un sourire lorsqu'il vit le garçon étreindre Eldrid.

— Vous êtes en vie ! Comment...

— C'est une longue histoire. Pourquoi n'es-tu pas resté avec Edmund ?

Le garçon eut un triste sourire.

— Je pensais que vous ne reviendriez pas.

— Tu as combattu ?

— Non. Je ne suis là que depuis quelques semaines, et les barbares semblent se tenir tranquilles depuis quelque temps.

Godwin poussa un soupir de soulagement. Theodore se balançait d'un pied sur l'autre, mal à l'aise, et le soldat saxon fronça les sourcils.

— Qu'y a-t-il ?

— Vous devriez aller voir le roi, vous ne pensez pas ?

— Je n'ai pas de comptes à rendre au roi.

— Il vous a fait chercher. Il voudra sûrement savoir que vous êtes de retour.

Il acquiesça. Il devait de toute façon signifier son retour au roi, peu importe les mensonges qu'il devrait formuler pour cela.

— Eldrid devrait venir avec nous, rajouta Theodore.

Godwin acquiesça. Le roi croirait plus facilement à son histoire si la présence volontaire d'Eldrid en terres saxonnes était attestée. Godwin bloqua le poignet d'Eldrid tandis qu'elle commençait à reculer, lentement.

— Godwin...

— Tu n'as rien à craindre.

Il observa un instant ses traits.

— Je ne sais pas qui je suis, Godwin. Je ne sais pas si j'arriverai à...

— J'ai toujours été loyal au roi, il me croira, et il me croira d'autant mieux en t'apercevant à mes côtés. Et n'oublie pas que si tu es un atout pour les Danois, tu peux aussi l'être pour les Saxons. Tout se passera bien.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !