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Des personnes sont passées à dix heures pour me dire que si dans un mois je n'avais pas payé mon loyer, ils me chasseraient de chez moi. Mme Aely dit qu'il y a encore du temps, que je n'ai pas à m'inquiéter, que je vais retrouver un travail, mais je ne la crois pas. Elle est toujours pleine d'espoir, veut toujours me rassurer, mais est-ce qu'elle connaît les véritables paroles de la chanson de la vie ? Je suis plus vieille qu'elle. Bien qu'elle soit déjà usée...

Je vais au parc, je veux profiter du Soleil qui me sourit chaleureusement. Je m'assieds sur le banc, le même qu'hier, et attends que la vie passe, que le temps s'écoule.

J'entends des bruits de pas dans les graviers. Je n'aime pas ce qui peut briser ma paix. J'ouvre un œil et découvre un homme, qui me dit vaguement quelque chose.

Ah... C'est celui d'hier, l'inconnu qui écoute sans comprendre... Je l'aime bien, ce gars-là. Il n'encombre pas beaucoup le Silence par des paroles inutiles, bien qu'il marche trop lourdement sur le chemin de pierre.

Il s'assied juste sur un banc, et sommeille.

Je suis rentrée chez moi. Je sombre peu à peu dans la misère. Ma Chaudière fait définitivement la grève, et l'électricité a aussi un problème : les Lampes me font de temps en temps des clins d'œil, mais la plupart du temps, elles dorment dans l'ombre.

J'ai peur, j'ai froid, et le monde que j'ai fondé sur l'oubli commence à s'effondrer. Mon passé me revient. Je le repousse comme je peux. Mme Aely me glisse des paroles réconfortantes, me dit que je peux m'en sortir, qu'elle m'éclairera toujours de sa lumière. Mais c'est un mensonge. Elle commence à dépérir.

Je me couche, je veux endormir ma vie pour au moins une nuit. Je verrai demain, je verrai tout. Le boulot, le loyer, les décisions sur l'avenir... Je n'en peux plus de revenir sans cesse en arrière, je veux me reposer.

La nuit est profonde, les Ombres engloutissent la pièce. Je suis blottie sous ma couette, et finalement, je sais que je dois me tenir éveillée... Le Cauchemar guette, attend que je ferme les yeux. Il veut hanter la pénombre. Que l'on m'aide ! Je veux bien parler de ce qui me ronge ! Que l'on m'enlève mon passé ! Je peux tout révéler !

Personne n'entend ma prière. Mais le Sommeil m'enlève, me prend dans ses bras, me réconforte... Le Cauchemar a compris. Et terrifiant, il finit par assaillir ma nuit. Il me fait revoir la scène.

(nouvelle) Les Mots du SilenceWhere stories live. Discover now