4

91 31 14


C'est le lendemain. Le Soleil ne s'est pas levé. Il est étendu paresseusement sur une couette de Nuages. Je l'envie, moi aussi je voudrais dormir dans un lit de coton, loin de la réalité, à des milliers de kilomètres de la Terre.

Je me balade dans la rue, il est encore trop tôt pour que les gens déambulent en vomissant du Bruit.

Mme Aely m'a dit que je ne devrais pas rester seule. Mais je ne supporte pas la compagnie.

Je marche, je regarde les Maisons endormies, et l'une d'elles a craché un humain, par sa porte ouverte. Il va au travail, et s'engouffre dans la bouche noire et béante du Métro. J'ai horreur de ce monstre, j'ai peur de disparaître pour toujours dans ses boyaux sombres. Hors de question de m'y rendre, un jour.

Je vais au parc, je m'assieds sur un banc. Le monde continue, sans moi. Les oiseaux chantent, l'eau ruisselle, les enfants crient. Je n'en peux plus de ces Bruits qui me suivent partout où je vais. Je veux m'en aller, et j'allais me lever lorsqu'un inconnu s'assied en face de moi. Je me prends à le détailler. Cheveux bruns, yeux bruns, nez aquilin, grand, d'à peu près mon âge... Je suis revenue sur ma décision de partir. Il m'intrigue, et je veux l'étudier.

Ce n'est qu'un passant parmi tant d'autres. Ce soir, j'oublierai son apparence, et demain, je ne me souviendrai pas même de l'avoir rencontré. Mais peut-être que je ne suis pas si mal, assise sur un banc, les arbres parlant à mes côtés...

Il se tait, ne fait rien, ferme les yeux. Il reste longtemps en face de moi, à contempler le noir par ses paupières fermées, à écouter le Silence alors qu'il n'en connaît mot.

Les petits enfants sont partis, ils commençaient à s'ennuyer. Tant mieux, maintenant je n'entends plus leurs bavardages. Ils emploient des mots sans en connaître leur profondeur.

La Montre de l'homme l'appelle, et il approuve : il est temps de partir. Peut-être connaît-il ma langue ?

Il fait nuit, et les Nuages ont fui les Étoiles, découvrant la Lune. Le gardien du parc me chasse, car l'heure est venue, paraît-il, et il doit fermer la grille.

Je rentre chez moi, à pas lent, et me demande à quoi rime ma vie. 

(nouvelle) Les Mots du SilenceLisez cette histoire GRATUITEMENT !