7.3. Rainbow Beach

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Ses yeux brillants de bonheur et d'excitation contenue me réchauffent le cœur. Je serre également son bras pendant que nous cheminons à travers le limon.

— Non ! Tu n'est pas envahissante... Enfin si, un peu, admis-je en gloussant. Mais, non, tu ne me fais pas peur. Enfin... pas comme Isabelle, mais bon.

Elle pousse un rire mi-gêné mi-amusé, ses belles dents se dévoilent

— Elle est gentille comme tout, tu verras. C'est juste la première impression qui va être difficile à supprimer, mais après, vous serez les meilleures copines de l'univers.

— Tu es bien optimiste, m'amusé-je.

— Toujours !

Je l'aime bien, cette fille. Genre vraiment beaucoup. Et Claire avait parfaitement raison : nous nous entendons à merveille.

— Tu travailles ici depuis longtemps ?

— Ça fait trois ans. Initialement, j'ai bougé ici pour l'université. Puis, il me fallait un travail d'été alors je suis venue travailler dans le bar juste là.

Son doigt pointe un bar à jus juché au-dessus d'une roche impressionnante et plate sur le dessus. Des escaliers ont été sculptés dans sa façade pour permettre son ascension. Sur tout le périmètre, des clôtures décorées de guirlandes de lumières ont été apposées pour prévenir un suicide – ou un homicide – et enjoliver le tout.

Je suis agréablement impressionnée.

Laurel continue :

— Et alors, ça a donné que la municipalité faisait passer les auditions pour choisir les nouveaux sauveteurs de la plage. Ils en font tous les cinq ans lorsque quelqu'un termine son contrat et ne veut plus le renouveler. Je me suis inscrite et me voilà ! Colin et moi, on est arrivés en même temps et on s'est toujours entraidés pour en arriver là. C'est pour ça qu'on s'entend super bien, explique-t-elle avec un clin d'œil.

— Donc, en fait, vos vies c'est Baywatch 2.0. ?

Son rire cristallin résonne encore.

— Oui, mais non ! Il n'y a pas de Zac Efron solitaire avec deux médailles aux Olympiques, ici, ni une folle furieuse qui dissémine de la drogue dans les bagages des touristes. Mais on est tout aussi marrants.

— Han, mais je n'en doute pas !

Peu à peu, je me détends. Elle est si confiante et adorable que je sens que je peux être moi-même sans problème.

— Je suis là parce que j'en ai envie, tout simplement, lui réponds-je lorsqu'elle me pose la question.

— Tes parents sont au courant ?

— Mouais... pas trop comme je le voulais, mais ils sont au courant. 

Nous nous sommes rapprochées de la passerelle qu'a empruntée Thomas avant nous pour arriver au bungalow. Je grimpe d'abord la petite pente qui relie le sable à la plateforme principale qui forme le pont et y pose un pied prudent. Laurel, elle, s'y précipite avec toute son énergie.

— Alleeeez, c'est solide !

Je lui fais confiance et monte à mon tour. Après quelques pas derrière elle, un peu rassurée, je marche normalement. Lorsque nous sommes au-dessus de l'eau en totalité, je ne peux résister à la tentation de me coller contre la rambarde et jeter un œil en bas. Je suis immédiatement séduite. L'eau transparente, d'un vert bleuté, laisse apparaître des coraux, tout au fond, et plusieurs minuscules poissons colorés y nagent avec frénésie. Je reste plantée là durant un long moment, un sourire niais sur la bouche.

— C'est si beau...

— Je sais hein. Je ne partirai jamais d'ici, pour rien au monde, me confie-t-elle.

Je hoche la tête en reprenant le chemin à ses côtés.

— Je comprends tout à fait. 

Quelques minutes plus tard, nous poussons la porte en bois clair du bungalow. Une douce odeur d'encens à la vanille chatouille mes narines lorsque je pénètre dans le vestibule. L'air conditionné me donne la chair de poule et me rafraîchit en même temps. C'est seulement là où je me rends compte à quel point il faisait chaud à l'extérieur. Merde, il fait combien dehors ? Mon escorte retire ses tongs à l'entrée et les pose sur un meuble à chaussures, alors j'en fais de même avec mes baskets. 

Elle fait quelques pas en avant et débouche dans un salon moderne, décoré avec savoir-faire. Ma main effleure le tissu doux de l'un des canapés beiges et l'envie presque irrépressible de me jeter dessus fait surface. Respire, Mika. RESPIRE.

— Je te fais visiter tout de suite ou après ?

— Hum... après. Je ne veux pas que vous perdiez du temps à cause de moi.

Un large sourire éclaire son visage.

— Alors viens, je t'emmène voir les chambres. On allait te faire dormir dans la chambre du mec qui est parti, mais il revient cette semaine. Je ne sais pas exactement quand non plus. Donc, tu vas sûrement devoir dormir avec moi ou Isabelle. Puis...

— Toi, la coupé-je, catégorique.

— Eh, les filles.

Une voix profonde coupe Laurel à nouveau avant même qu'elle n'ouvre la bouche. Personnellement, la mienne se décroche lorsqu'un Thomas torse et jambes nues descend les escaliers. Les muscles de ses jambes et de ses épaules roulent sous sa peau bronzée tandis qu'il marche jusqu'à nous, son short de bain bas sur les hanches. Il n'est pas bodybuildé, mais il est bien musclé. Il a tout ce qu'il faut là où il faut. Mais encore, il y a ce foutu bonnet noir qui gâche tout. Punaise de merde. Je dois l'admettre : il est très beau.

— Thomas...

La voix de Laurel est toute douce lorsqu'elle prononce son prénom. À ma grande surprise, il lui sourit tendrement.

Attendez, là, il y a du vaudou dans l'air.

— Ça va ?

— Oui ! Ça va. Et toi ? Tu... Tu m'as manqué.

Il ne répond pas à sa question, se contente d'ébouriffer ses cheveux brun pâle et de tirer affectueusement sur une mèche.

J'ai dit VAUDOU.

Puis, ses yeux noirs se posent sur moi et il m'avise du menton :

— Amuse-toi bien, Mika.

— T'inquiète.

Il quitte le bungalow sans rien ajouter. Normalement, tout ce qui vient d'arriver serait passé comme étant tout à fait normal pour la plupart des mortels.

Mais je ne suis pas dupe et je ne suis pas vraiment mortelle non plus. Une licorne, ça lit entre les lignes. Ça voit plus loin que ce qu'on veut bien lui montrer.

Comme les joues rosies de Laurel lorsqu'il l'a regardée puis lui a touché les cheveux.

Et son regard teinté d'espoir et de déception mêlés lorsqu'il est parti sans lui dire qu'elle lui avait manqué aussi.

Fifty Shades of a Unicorn - T1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant