7.2. Rainbow Beach

2K 329 3
                                                  

— Arrêtez votre striptease dégueu là, les gonz' ! hurle le blond avant de se détourner en secouant la tête.

— On n'a rien enlevé encore, à ce que je sache ! répond avec effronterie la brune bronzée en tirant la langue.

Ladite Laurel glousse pour toute réponse avant de descendre du véhicule et de lâcher sa pince dans le sable. En s'approchant, elle effectue de grands mouvements de bras dans ma direction, auxquels je réponds par un timide bonjour de la main. Je me sens étrangement intimidée. Serrant les lèvres pour ne pas rire, j'épie la brune qui saute à son tour en bas du beach buggy pour m'accueillir et finit le cul dans le sable.

Elles sont pires que moi.

Talonné par Thomas, le gars en maillot jogge jusqu'à moi puis finit par me tendre la main en soufflant, ses lèvres ourlées joyeusement.

— Hey ! Mika, hein ?

— Ouais.

Sa main rugueuse serre la mienne avec énergie. Je suis transportée un instant par sa bonne humeur et je glousse.

— Moi, c'est Colin. Heureux de t'accueillir parmi nous. J'espère que ce mec ne t'a pas trop maltraitée.

— Mais non ! Il m'a payé trois cappuccinos et une glace, le défends-je.

Ses yeux verts s'ouvrent en grand et il fout un coup de poing taquin – et quand même assez violent – dans l'épaule de Thomas.

— Depuis quand tu paies des trucs aux meufs toi ?

L'intéressé grogne.

— Je ne suis pas un monstre non plus, Ducon. J'vais aller me changer pour vous aider, conclut-il.

Il attrape son sac de sport et file de l'autre côté de la plage, sans un mot de plus. Il marche un long moment avant de s'engager sur une passerelle en bois dont les poutres disparaissent dans l'eau claire. Le pont est collé contre le grand roc couvert de mousse verte qui surplombe l'eau. Il fait, semblerait-il, tout son tour. Au bout d'un moment, la silhouette de Thomas disparaît de l'autre côté du rocher. Le bungalow doit être de là-bas. Une maison sur l'eau, carrément !

— Mikaaa !

Laurel sautille jusqu'à moi, me faisant reculer de deux pas lorsqu'elle s'élance sur moi pour me prendre dans ses bras. J'enroule les miens autour de son corps ferme alors qu'elle nous berce avec énergie.

— J'avais tellement hâte que tu arrives !

— Moi aussi !

Elle se recule et me dévisage en me tenant à bout de bras. Je note le pli concentré de sa bouche, son sourcil froncé et ses yeux gris qui se baladent partout sur moi.

— Explique-moi comment on peut être sexy comme ça ?

Je pouffe, le rouge me montant aux joues.

— Le jus d'arc-en-ciel. Ça marche à tous les coups.

Elle écarquille les yeux et reste interdite un moment. J'ai dit quelque chose de mal ? Le stress me crispe le ventre un instant et je me mordille la lèvre. Ça commence fort.

À ma grande surprise, elle finit par éclater de rire, la tête rejetée en arrière.

— Putain ! Je l'aime déjà !

La brune se joint à notre petit cercle, un sourire bienveillant – en tous cas, je crois – aux lèvres. Une main manucurée sur la hanche, elle m'avise du menton.

— Coucou, toi. Isabelle, et toi ?

— Mika.

— Original... murmure-t-elle, un sourire énigmatique sur ses lèvres pleines.

Je hausse les épaules, ne sachant pas trop comment le prendre pendant qu'elle aussi me détaille comme si elle n'avait jamais vu d'humain, s'attardant particulièrement sur les endroits dénudés de mon corps. Je réprime un soupir agacé.

J'suis pas un bout de viande, OK ?

— Isabelle, elle vient d'arriver. Ne la traumatise pas tout de suite, s'interpose Colin.

Je sens son amusement dans sa voix modulée. Isabelle ricane, puis s'éloigne à reculons, les mains levées devant elle en signe de reddition.

— Je n'ai rieeen fait du tout. Pas encore.

Laurel et moi levons les yeux au ciel, presque simultanément.

— Pourquoi j'ai l'impression que je vais me faire violer ? questionné-je, anxieuse.

— Ah, mais non ! rit le blond en se passant les doigts dans les cheveux. Elle est lesbienne, oui, mais elle n'est pas folle, la petite.

— Bah... si, reprend Laurel en replaçant la bretelle de son bikini rouge sur son épaule dorée. Elle est folle, mais, ouais, elle ne te violera pas. T'inquiète, je suis passée par là aussi.

— Merci pour le réconfort, baragouiné-je.

Colin rigole tandis que je ramasse mon sac de voyage posé sur le sable. Il balaie mes doutes d'un geste de la main, une moue pas du tout inquiète sur le visage.

— Fais-lui clairement comprendre que t'es hétéro et elle te laissera en paix. Par contre, moi, je voudrais bien être lesbienne, là tout de suite.

En terminant sa phrase, il suit du regard la demoiselle en question, plus particulièrement ses fesses tandis qu'elle déambule jusqu'à la maison d'une démarche chaloupée, ses longs cheveux noirs ondulant au gré du vent. Je ne suis pas un mec, mais je dois tout de même reconnaître que le fait qu'Isabelle soit homosexuelle est une grande perte pour la gent masculine.

Cœur sur vous les hommes. Je compatis.

— Oh, Colin, tu es dégueu ! s'exclame Laurel. Tu veux que je lui dise ? Puis, on ne se tape pas ses collègues d'abord.

— Eh ! Ce qui se passe sur la plage reste sur la plage, d'accord ? proteste-t-il.

— Moi, j'ai juste une question, m'interposé-je.

Ils braquent leur regard sur moi, en attente.

— Vous êtes tous sauveteurs ici ?

Laurel hoche la tête.

— Ouais ! Et là, on est supposés faire le ménage annuel de la plage, mais disons qu'on perd le fil.

— Mouais, j'ai bien vu ça, gloussé-je.

Colin pousse un râle désespéré en enfonçant ses mains dans les poches de son maillot qui tombe bas sur ses hanches. Ses épaules larges de nageur se voûtent un peu.

— Ça me saoule tellement, cette période de l'année ! On vit nettoyage, on dort nettoyage, on mange nettoyage, on boit nettoyage ! Ça. Ne. Finit. Plus !

— Moh, mon petit Colin, tu vas pleurer ? s'attriste faussement Laurel.

Il pose son index sur ses lèvres, lui disant de se taire en lui faisant de gros yeux. Je ne peux m'empêcher de rigoler avec elle.

— Je vais vous aider, essayé-je de le rassurer. Je ne reste pas chez vous gratuitement !

— Tu n'avais pas le choix de toute façon, chérie, plaisante-t-il.

— Bon, ben je peux me rendre utile tout de suite, alors ?

Je suis vraiment motivée, là.

— Comme vous voudrez, mademoiselle.

Il réussit à m'arracher un sourire sincère avant qu'il ne tourne les talons et reprenne sa pince à déchets qu'il avait plantée dans le sable. Il se remet au boulot et Isabelle, ses écouteurs dans les oreilles, en fait de même, mais dans un autre coin pour couvrir plus d'espace. Thomas, lui, est encore à l'intérieur à faire je ne sais quoi.

Laurel crochète alors son bras au mien et me tire vers ma nouvelle maison.

— Tu sais, Claire m'a tellement parlé de toi, me disant que tu me ressemblais et qu'on s'entendrait super bien. Et ça m'a tellement rendue impatiente ! Parce qu'avoir une personne qui nous comprend totalement, ce n'est pas donné à tout le monde. Il faut que j'arrête de parler ? Je te fais peur hein ? N'hésite pas à me le dire si je suis trop envahissante.

Fifty Shades of a Unicorn - T1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant