2.1 : Appel

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— Je sors juste d'un cours de SVT où j'ai disséqué un cœur d'agneau... super glauque... râlé-je alors que mon appétit est coupé.

— Pas de chance ma belle, ricane la petite blonde qui me sert d'amie.

Je lui tape l'épaule et elle fait semblant d'avoir mal alors que Elio et Tristan, muets, sirotent leur boisson tout en suivant notre échange.

— Bonjour ! Qu'est-ce que je vous sers aujourd'hui ?

Nous nous redressons tous tandis que le serveur nous observe. Il nous connaît bien, c'est lui qui assure le service le mercredi midi, il a l'habitude maintenant. Il nous sourit, un stylo et un bloc note à la main. Ses cheveux grisonnants me laissent penser qu'il a environ la cinquantaine.

— Un risotto au poulet s'il-vous-plait.

— Un steak avec des frites s'il-vous-plait.

— J'aimerai bien un hamburger, demande Julie avec un grand sourire vorace.

— Et une escalope panée avec des frites pour moi s'il-vous-plait, finis-je en souriant au serveur qui nous adresse un clin d'œil avant de filer en cuisine pour donner nos commandes.

   L'ambiance silencieuse et morne me met la puce à l'oreille. Quelque chose cloche. Elio affiche une moue déprimée et ses yeux sont plongés dans le vide. Son attitude triste est parfois accompagnée de longs soupirs et Julie et Tristan se lancent des coups d'œils inquisiteurs.

Finalement, je décide de briser ce lourd silence.

— Bon, qu'est-ce qui se passe ?

Julie et Tristan me lancent des regards soulagés mais ne me fournissent pas d'explications pour autant. Finalement, après un autre silence, c'est Julie qui me répond :

— C'est Elio. Depuis ce matin il ne parle pas. Et quand je lui ai demandé ce qui se passait, il m'a rien répondu. J'ai fini par laisser tomber... finit-elle par soupirer.

Le silence tombe autour de la table et le restaurant se fait soudain plus bruyant. Tous nos regards sont sur Elio, qui pour éviter de croiser nos yeux inquisiteurs, sirote son coca. Finalement, c'est Tristan qui finit par évacuer la tension.

— Tu sais Elio, la comparaison est un peu bizarre, mais tu verras qu'elle est très vraie. Ma mère a toujours dit que les amis sont comme les accoudoirs d'un fauteuil. Tu t'appuies dessus et ils sont là pour soutenir, te soutenir. Tu sais aussi qu'on ne te jugera jamais, commence Tristan d'une voix compatissante et en adressant un doux sourire à Elio, on t'écoutera et on t'aidera si tu as un soucis...

— Oui Eliou, dis nous ce qui te tracasse, on essaiera au mieux de t'aider ! lance Julie en entourant Elio de ses bras menus dans un gros câlin.

L'intéressé nous adresse un regard brouillé par quelques larmes, illuminé par un sourire. Je sais qu'il est heureux des mots prononcés par ses amis, et j'avoue que ces paroles m'ont donné à moi aussi de la baume au cœur. Elio, Tristan, Julie, ce sont toutes des personnes exceptionnelles... Nous nous soutenons les uns les autres et nos présences sont pour chaque de véritables accoudoirs, comme l'a si bien dit Tristan.
Nous nous lançons tous des regards fiers et entendus avant de reporter notre attention sur Elio, qui a l'air de se décider enfin à parler.

— Ce n'est pas vraiment important et ça ne me préoccupe pas personnellement... si je vous le dis, c'est vraiment parce que vous êtes mes meilleurs amis et j'aimerais que vous ne le répétiez à personne. Vraiment. Nous hochons la tête et il se décide à continuer. Ma sœur n'est plus vierge, lâche-t-il.

Je fronce les sourcils, sa sœur fait ce qu'elle veut non ?

— Je crois qu'elle regrette, ma mère n'est pas contente et ça me fait... bizarre, il fronce les sourcils, et puis se dire que sa petite sœur est en quelque sorte devenue une femme...

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant