Gabriel ne trouvait rien pour la soulager, hormis sa présence et son écoute dès qu'elle en ressentait le besoin. Publiquement, elle s'efforçait de garder la tête haute et de dissimuler la moindre démonstration de faiblesse malgré les difficultés ; elle souffrait en silence de cette situation. À seulement vingt-huit ans, elle donnait l'impression d'avoir déjà tant vécu. Gabriel lui avait proposé de partir, de fuir avec Céleste, alors qu'elle n'était encore qu'un nourrisson. Conscient que le comte ne les laisserait jamais en paix, il avait voulu leur offrir une nouvelle vie, une vie digne. Elle aurait pu disparaître, mais elle refusait d'abandonner ses responsabilités.

Secouant la tête, elle se tourna vers Gabriel, le bras en écharpe.

— J'en ai assez entendu. Je vais rejoindre Céleste avant qu'il ne lui prenne l'envie de venir ici. Je ne veux pas qu'elle voie cela.

Gabriel ne la retint pas, et elle quitta le réfectoire où tous se concentraient sur la conférence de presse qui s'éternisait. Le comte considérait la Résistance comme un groupe terroriste. Les mots adéquats étaient choisis soigneusement afin d'effrayer la population et de rejeter par la même occasion la responsabilité de ces assassinats sur les rebelles. Depuis quelque temps, des morts inexpliquées angoissaient le département. Il n'existait aucun lien entre les victimes : elles étaient de professions et de classes sociales diverses. L'unique point commun résidait dans la discrétion des meurtres, commis sans laisser un indice ni la moindre trace, et sur un seul territoire : la Haute-Savoie. La Résistance se savait innocente. À de nombreuses reprises, elle avait démenti les accusations du comte, en vain. Il voulait que le peuple se retournât contre ceux qu'il voyait comme des libérateurs. Il aspirait à briser l'espoir dans le but de se réapproprier ses terres. Le comte ne craignait pas d'user de manipulation et de mensonges, se sachant assez influent pour que ses paroles fussent prises pour argent comptant. Il utilisait ces événements à son avantage dans l'intention de cibler la Résistance. Cette dernière pointait du doigt l'Ordre des Frères, un groupement imprévisible et bien mystérieux. Le comte semblait n'avoir aucun contrôle sur cet ordre. Par conséquent, acculé, il diabolisait le mouvement de Maxence Larcher, cherchant à apaiser l'inquiétude de la population. La grande majorité des habitants ignorait l'existence de cette communauté venue de l'ombre, de plus en plus active. Sa présence soulevait beaucoup de questions qui n'obtenaient aucune réponse.

La jeune femme traversa le couloir de roche éclairé par des lampes de fortune jusqu'à arriver à un croisement. Au lieu de bifurquer à droite afin de retrouver sa fille, elle s'arrêta face à un grand cadre avec une plaque dorée : la Déclaration des droits de 1789. Elle incluait les lois magiques, revues et corrigées à de nombreuses reprises, en vue d'évoluer avec la société. Elle possédait aujourd'hui vingt-trois articles. En la lisant, Charlotte gardait en mémoire la raison de son combat.

[...]

Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque Homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.

Nul n'a le droit d'user de sa magie dans le but de soumettre son prochain.

La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

Skryta'lian : T1 - ExtinctionLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant